Ecole normale supérieure : Les grévistes jouent offensif

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Le conflit social débuté il y a plus de trois mois à l’École normale supérieure de Paris (voir AL n° 201, décembre 2010) est toujours en cours. Face à l’absence de réponse, les précaires mobilisés passent à la vitesse supérieure.

Depuis la rentrée scolaire de janvier, c’est-à-dire depuis sept semaines maintenant, les précaires de la cantine de l’Ecole normale supérieure (ENS) sont en grève. D’assemblée générale en assemblée générale, les mots d’ordre de titularisation des précaires, d’augmentation des salaires, et d’amélioration des conditions de travail sont réaffirmés et même élargis. Aujourd’hui, le mur de silence se fissure, et les employé-e-s de la restauration n’hésitent plus à parler pour remettre en cause la hiérarchie, contre qui ont été portées des accusations très graves (injures racistes et homophobes, harcèlement, coups et blessures, licenciements abusifs), et réclamer la réintégration d’une ancienne salariée de la restauration. L’une des spécificités de ce mouvement est en effet qu’il est bâti sur des revendications offensives, et que cet esprit ne cesse de progresser.

Des précaires auto-organisés

La décision prise par les précaires d’entamer la grève constitue une avancée politique majeure, puisque les blocages réalisés par des élèves solidaires auparavant ont laissé place à une prise en main complète du mouvement par les personnels. Toujours soutenu-e-s par des élèves, ils et elles sont présent-e-s chaque jour sur leur lieu de travail pour préparer des sandwichs, parfois des plats chauds, vendus chaque midi aux travailleurs et travailleuses de l’ENS, « privé-e-s » de cantine. L’auto-organisation de ce travail s’est si bien mise en place, que les discussions en AG portent désormais sur la question de la nécessité réelle d’un chef à la cuisine, et sur l’ajout de la revendication de l’autogestion du restaurant lors de sa réouverture. De semaine en semaine, le mouvement se poursuit donc, fatigant parfois, mais enthousiasmant pour toutes et tous, puisqu’il permet aussi de véritables échanges entre personnels et élèves, et la tenue de discussions politiques sur tous les sujets, notamment sur les soulèvements en cours dans les pays arabes.

Éviter l’enlisement

Quant au règlement du conflit, il ne semble pas d’actualité, puisque la direction continue à faire preuve de mépris, refusant toute avancée réelle, « prisonnière » qu’elle est de sa connivence avec le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Côté ministère, les grévistes font face à un refus total de donner suite aux lettres et aux demandes de rendez-vous.

Aujourd’hui, le défi à relever n’est donc plus seulement la poursuite de la grève, mais aussi son élargissement à d’autres services. C’est à tout un établissement qu’il s’agit de donner la parole, en espérant ainsi accentuer le rapport de force, pour échapper au pourrissement qu’attend la direction. Tous les jours à l’heure du déjeuner, dans le hall de l’ENS, 45 rue d’Ulm, vous pouvez venir soutenir les grévistes qui mènent ce combat long et épuisant, malgré les risques. Discussions politiques (sur la grève ou non) et cuisine autogérée au profit de la caisse de grève sont prévues pour accueillir les soutiens.

Laure et Guillaume (SUD étudiant ENS)

 
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