Éducation nationale : Il est encore temps de bloquer Blanquer

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Face au projet de loi sur l’école dite « de la confiance » – un concentré de mesures autoritaires et rétrogrades –, les personnels de l’éducation ont fait grève, ont bloqué des écoles avec les parents et ont multiplié les initiatives. Mais cette mobilisation sera-t-elle suffisante ?

Quelle que soit la version qui sera présentée au Parlement à l’issue des discussions en commission entre sénateurs et députés, une chose est sûre : le projet de loi Blanquer est un fourre-tout législatif qui, malgré les déclarations mielleuses du ministre de l’Éducation nationale, accumule les mesures désastreuses pour les enseignant·es, les élèves et leurs parents.

Un texte désastreux pour l’école

Les personnels qui se sont mobilisés dès mars ne s’y sont pas trompés et ont exprimé leur rejet massif de ce projet de loi qui prévoit, entre autres :

  • de dissuader toute critique de l’institution par les enseignant·es en leur prescrivant un devoir d’exemplarité, tout à fait creux mais néanmoins intimidant ;
  • de précariser encore davantage les accompagnant·es d’élèves en situation de handicap (AESH) en augmentant leur charge de travail sans aucune revalorisation salariale ;
  • de renforcer le poids de la hiérarchie, soit en regroupant des écoles sous la houlette d’un collège et de son chef d’établissement, soit en donnant aux directeurs et directrices un statut de supérieur hiérarchique ;
  • de rendre l’instruction obligatoire dès 3 ans, manière d’obliger les communes à financer les écoles maternelles privées.

Lors de son passage devant le Sénat, le projet de loi s’est encore alourdi de dispositions réactionnaires et islamophobes : suspension du versement des allocations familiales aux parents d’enfants décrocheurs, interdiction de tout signe religieux pour les parents bénévoles qui accompagnent les ­sorties scolaires (c’est évidemment le voile qui est visé)…

Vers un sursaut du mouvement ?

Même si la mobilisation a un peu marqué le pas après les vacances de printemps, la partie est loin d’être perdue : ce texte, qui reste massivement rejeté, devra repasser devant le Sénat et l’Assemblée pour être adopté définitivement. Le front intersyndical qui s’était constitué peine malheureusement à proposer une stratégie unitaire cohérente, tiraillé entre des organisations qui poussent pour des appels clairs à la grève et d’autres qui misent sur les actions communes avec les parents d’élèves et ne croient pas ou plus aux débrayages.

Alors que faire ? La manifestation nationale regroupant parents et enseignant·es le 18 mai n’a pas été à la hauteur des espérances, mais une frange importante de personnels de l’éducation reste déterminée à obtenir le retrait du texte et les amendements nauséabonds votés au Sénat peuvent déclencher un sursaut. Ici ou là, on discute déjà d’une semaine de grève. Car si les parents peuvent soutenir le mouvement, c’est aux travailleurs et travailleuses de l’éducation de durcir le ton face à un gouvernement qui ne comprend que le rapport de force.

Benjamin Bakin (AL Paris Nord-Est)

 
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