Énergie : Le renouvelable dévoyé !

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Loin de constituer une alternative énergétique, la politique gouvernementale des énergies renouvelables ne renouvelle que le capitalisme. Et suscite des oppositions locales déterminées. Exemple du projet gigantesque d’éoliennes industrielles dans le Sud-Aveyron.

Tous les écologistes défendent les énergies renouvelables et la sobriété énergétique depuis des décennies. Mais la façon dont ces énergies sont produites est actuellement remise en question. Champs d’éoliennes, géothermie profonde, fermes de panneaux solaires... tous ces systèmes sont construits conformément aux intérêts des firmes multinationales. Et il y a un écart immense entre leurs caractéristiques et celles qui sont vantées par l’État et les promoteurs.

La façon dont s’organise le développement des énergies renouvelables est difficile à critiquer, car très soutenu dans l’opinion publique. Le nucléaire est un repoussoir. La communication gouvernementale affirme que cette énergie sera un jour remplacée (ou réduite en quantité dans le mix énergétique) par des techniques «  propres  », «  durables  » et locales.

Les thèmes des luttes écologistes sont appelés à la rescousse pour faire avaler la pilule d’aménagements onéreux polluants et imposés. Ainsi une ferme de panneaux solaires ou un champ d’éoliennes devient une énergie de proximité. Et tout ceci passe très bien. Nous allons le voir, il ne s’agit que d’un travestissement de la réalité.

Une proximité très distante

Le développement des énergies renouvelables s’opère aujourd’hui principalement dans des gros projets, tels celui d’un réseau de 750 éoliennes de 80 mètres en Aveyron, ou d’usines à pellets, comme actuellement dans un village du Limousin, ou d’immenses fermes photovoltaïques. Évidemment, ni les petites collectivités, ni les individus ne peuvent financer de telles installations. Ces installations ne produisent d’ailleurs pas d’énergie pour la population locale, mais elle est la seule à être exposée aux nuisances. L’énergie est convertie en profits pour multinationales par une distribution dans un marché globalisé.

Le gigantisme des installations a des conséquences. Ainsi, pour une centrale à bois dans une ville, il faudra faire venir, par centaines de camions, de la matière première depuis des distances à l’échelle des besoins, soit une centaine de kilomètres autour de la centrale. Pour une centrale à géothermie profonde, il faudra chercher des flux d’eau chaude à 2, 3, voire 5 kilomètres sous terre. Pour «  nettoyer  » les fissures de la roche, évidemment, les quantités d’acide nécessaires seront gigantesques.

Pourquoi un tel gigantisme des projets ?

Il convient aussi de se pencher sur les montages des projets  : au départ, les recherches et développements sont prises en charge par les budgets de l’État, mais l’exploitation des ressources est privatisée. Prenons l’exemple emblématique du projet de géothermie à Strasbourg. Le permis a été obtenu par la start-up Fonroche sur la base des recherches géologiques faites par l’État. Dès que les autorisations de forages ont été obtenues, la start-up voit arriver quelques 400 millions d’euros sur son compte en banque via un investisseur européen. Mais les investisseurs – dont les capitaux sont souvent hébergés dans des pays à fiscalité avantageuse voire opaque – ne va prévoir de financer l’entreprise que sur cinq à sept ans, c’est à dire la phase ascendante de valorisation de son capital. Ensuite, ce sera un autre investisseur, venu d’on ne sait où, qui gérera l’exploitation. Et le jour où il faudra fermer cette exploitation, le dit investisseur ou son lointain successeur aura plié bagage. Et à aucun moment il ne sera possible de mettre en place quelque contrôle local sur tous ces agissements. Aussi, la qualification d’énergie de proximité pour ces installations relève de l’arnaque. Et l’échelle des installations reste un problème. Les techniques développées, très pointues et coûteuses, rendent impossible la maîtrise de la production d’énergie par les usagers. Quant bien même il serait possible de collectiviser les, peut-être, futures 750 éoliennes d’Aveyron, que pourraient en faire les habitants, car celles-ci sont vouées au commerce international de l’énergie (avec les infrastructures qui suivent) et, de toute façon, le département est déjà autosuffisant en énergie renouvelable hydroélectrique.

La logique actuellement à l’œuvre dans le développement des énergies renouvelables travestit la notion de proximité et en réalité n’est qu’une politique d’exploitation capitaliste des ressources dans le cadre d’une colonisation des territoires ruraux. Le gigantisme est nécessaire au contrôle par le capitalisme et à ses profits.

Dans son numéro de février 2018, Alternative libertaire, reprenant les thèses de l’écologiste Denis Hayes formulées dans les années 1970, exposait cette notion très importante pour le développement d’une société autogestionnaire et écologique  :« l’énergie, c’est une question de pouvoir ». Ce constat est toujours valable. Mais aujourd’hui, ne nous laissons pas berner par le copier-coller que le capital utilise pour exploiter et coloniser de nouvelles franges de territoires. La proximité ne se résume pas à la transformation des ressources disponibles localement en électricité ou chaleur pour les distribuer globalement. Parler de proximité implique aussi une utilisation directe de l’énergie par les populations locales, éventuellement sans transformation en électricité. Elle s’inscrit dans d’autres choix d’organisation de la vie et du travail. Elle s’émancipe du « droit de propriété » pour privilégier le « droit d’usage » des populations locales. Évidemment elle s’inscrit dans une rupture avec le capitalisme.

Reinette noyée (AL Aveyron)

 
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