Enseignement public : Lycée pro, le « parent pauvre » de l’Éducation nationale

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Malgré l’annonce du ministre Jean-Michel Blanquer de faire de l’enseignement professionnel « une voie d’excellence », il semble que ses ambitions soient toutes autres et aillent dans le sens d’une destruction de cette filière. Le lycée professionnel est régulièrement montré du doigt pour sa supposée inefficacité et son inadaptation au monde de l’entreprise. Ainsi, il nous a semblé nécessaire de faire un petit détour vers ce « parent pauvre » du système éducatif français.

Depuis sa création et son « officialisation » à la fin du XIXe l’enseignement professionnel a été mis au service du développement industriel dans le but de répondre aux besoins du marché du travail.

À partir de 1919 et de la loi d’ « Astier », l’enseignement professionnel passe sous la tutelle de l’instruction publique puis de l’Éducation nationale dans le cadre d’une politique de scolarisation massive des enfants issus de milieu populaire. Cette loi est à l’origine de la création du Certificat d’Aptitude Professionnelle (CAP) dont le but était de répondre aux besoins en main-d’œuvre qualifiée des entreprises. En 1926, la formation sera complétée par la création du Brevet d’Études Professionnelles (BEP).

L’enseignement professionnel va ensuite connaître des évolutions pour aboutir à la création du Bac pro en 1985 dont l’objectif était d’amener 80 % d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat. Les élèves préparent alors un BEP en deux ans à la sortie duquel ils peuvent continuer deux années supplémentaires afin d’obtenir le BAC pro.

Le lycée pro aujourd’hui

En 2009, sous le prétexte d’égaliser la durée de scolarité entre les trois voies d’enseignements (générale, technologique et professionnelle), le gouvernement a lancé une réforme afin de faire passer le nombre d’année de formation de 4 à 3 ans. Néanmoins, derrière cette façade d’égalité mise en avant, il s’agissait de faire des économies budgétaires en limitant les besoins d’enseignants dans la voie pro.

Souvent méconnu et déconsidéré, le lycée professionnel présente la particularité d’allier deux types de formation : une théorique et l’autre professionnelle. Comme les autres filières du secondaire (technologique et générale), les élèves de ces établissements ont des enseignements théoriques comme le français, l’histoire-géographie, les maths et sciences, des arts appliqués, de l’anglais ou de l’espagnol. A côté de ces disciplines dites « générales », les élèves suivent des enseignements en lien avec leur parcours professionnel comme par exemple la Prévention Santé Environnement (PSE), et bien sûr des enseignements pratiques en atelier.

Pour compléter leur formation, les lycéen.nes doivent également effectuer des périodes de formation en milieu professionnel (PFMP) de 22 semaines de stages réparties sur 3 ans. Cet élément est très souvent oublié des campagnes de dénigrement du lycée pro de la part du Gouvernement et du patronat qui l’accusent d’être déconnecté du monde de l’entreprise.

Les lycées professionnels préparent les élèves à trois types de diplômes : Le CAP, BEP et Bac pro. Le CAP donne une qualification d’ouvrier ou d’employé qualifié dans un métier parmi les 200 spécialités dans les secteurs industriels, commerciaux et des services. Le Brevet d’études professionnelles (BEP) est une étape dans le cursus du baccalauréat professionnel en trois ans. Il s’agit d’un diplôme intermédiaire dont l’obtention n’est pas obligatoire. Enfin, les élèves peuvent préparer le Bac pro en trois ans ce qui leur permet de continuer les études dans l’enseignement supérieur (BTS, DUT, université).

Néanmoins, l’orientation des élèves de lycée pro reste problématique puisque les places en BTS et DUT sont très souvent réservées aux bacheliers et bachelières des filières générales et technologiques. Quant à l’université, il sera de plus en plus difficile pour les élèves du professionnel d’y accéder avec la nouvelle réforme d’accès à l’université.

Via le CAP, le BEP ou le bac pro, les lycées professionnels accueillent plus de 700 000 élèves (un tiers des lycéennes et lycéens du secondaire) et forment la plupart des ouvriers et ouvrières, et employé.es de demain. Bien souvent, l’orientation des élèves de lycée professionnel est plutôt contrainte que choisie. Il s’agit d’une violence assez importante que d’imposer une formation professionnelle à un métier que l’on risque de faire une bonne partie de sa vie. Qui, à 15 ans, savait ce qu’il voulait faire ? Cette orientation forcée ne concerne pas tous les élèves mais bien ceux des couches les plus populaires.

Malaise grandissant des professeur.es

Concernant les enseignants et enseignantes du lycée professionnel, une enquête a été menée par la CGT Educ’action sur les conditions de travail des enseignants et enseignantes de LP. Près de 1700 professeur.es de lycées pro y ont répondu et les résultats sont inquiétants. Ils mettent en avant un malaise grandissant des professeur.es de Lycée Professionnel (PLP). 89 % des répondant.es considèrent que la voie professionnelle du lycée n’est pas traitée à égalité avec les autres voies (générale et technologique du lycée ). D’ailleurs, le sociologue Azziz Jellab a montré que les PLP éprouvent souvent une difficulté à faire reconnaître leurs compétences parce qu’ils restent largement identifié.es à une catégorie de personnel devant lutter contre l’échec scolaire des élèves. Ils et elles semblent également être dominé.es au sein de l’institution scolaire qui valorise la culture disciplinaire (Le CAPES et l’agrégation en étant l’incarnation).

De plus, l’enquête a mis en avant que 91 % des PLP enquêté.es estiment que l’enseignement professionnel sous statut scolaire est menacée, et de fait, 55 % des collègues ont déjà envisagé de quitter l’enseignement professionnel. Et effectivement, il y a de quoi s’inquiéter…

Le gouvernement ouvre une grande réforme de la formation professionnelle et de l’apprentissage, pilotée par le ministère du Travail, et la voie professionnelle sous statut scolaire est dans le collimateur. Dès la sortie du collège, il s’agit d’axer l’orientation des élèves vers le tout apprentissage, renforçant une employabilité. Le but est de sacrifier la culture générale et professionnelle, afin d’empêcher l’évolution de carrière et les modifications de parcours des lycéens et lycéennes des filières professionnelles.

Caesar (Cal Saint Denis)

 
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