Enseignement supérieur : Précaires contre les bas salaires

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À l’université Lyon-II, des enseignantes et enseignants précaires ont gagné sur plusieurs de leurs revendications après six mois de mobilisation, six semaines de grève et une occupation. À l’université Paris-VIII, des personnels en sont à leur neuvième semaine de lutte contre les bas salaires et la précarité.

Des grèves sur les salaires, l’emploi et les conditions de travail, il y en a tous les jours dans les entreprises. Quand il s’en construit dans une université, cela semble exceptionnel. Et ça l’est. L’université, c’est un monde où l’on hésite à s’attaquer à l’employeur, parce que le président de l’université est élu par ses pairs enseignants-chercheurs. Où revendiquer sur les salaires semble exotique, puisque même avec des contrats précaires et des revenus plus que limités pour certaines catégories, on a la chance de travailler dans un temple du savoir, et on doit plutôt se serrer les coudes pour assurer ses missions de service public malgré des ministères qui s’emploient à les détruire. Où faire grève reviendrait à priver des étudiants et étudiantes de leur accès à ce savoir, ce qui dans l’esprit de nombre d’enseignants est à peu près aussi grave que de bloquer un service d’urgences hospitalières.

Il y a pourtant toutes les raisons de se battre. À l’université Lyon-II, ce sont les vacataires qui se sont mis en grève [1]. Recruté-e-s pour un semestre ou un an, ils sont payé-e-s à l’heure de cours. Ils et elles exigeaient notamment un contrat de travail et le paiement de leurs heures, qu’ils attendaient toujours à la fin du premier semestre : dans la plupart des universités, les vacataires ne sont pas mensualisé-e-s.

Augmentation de 98 euros par mois

Il a fallu six mois de mobilisation, six semaines de grève et de rétention des notes et une occupation pour gagner cela, ainsi que le remboursement de leurs frais d’inscription pour celles et ceux qui exercent ces vacations sous un statut d’étudiant, et qui doivent donc commencer par donner de l’argent à l’université pour pouvoir travailler. La durée et la dureté du conflit, pour obtenir ce qui devrait relever des droits élémentaires de n’importe quel-le salarié-e, en dit long sur le climat dans les universités.

À l’université Paris-VIII à Saint-Denis, des personnels Biatoss (personnel technique et administratif) sont en grève depuis neuf semaines au moment où nous écrivons. Majoritairement des femmes, elles revendiquent une augmentation de salaire de 98 euros par mois (200 salarié-e-s de cette université gagnent moins de 1 200 euros) et luttent contre la précarité. En février, la présidente de l’université a commencé à retirer des jours de paye. Une autre particularité du secteur : il est très rare que les universités recensent les grévistes, qui n’ont donc pas de retrait de salaire. La décision illustre la détermination de la présidence, mais aussi la façon dont les conflits sociaux sont « gérés » à l’université. D’habitude, on ne compte ni les grévistes ni les jours de grève, ce qui certes rend celle-ci moins coûteuse, mais a aussi pour effet de l’invisibiliser : les grèves n’apparaissent pas dans les bilans sociaux des universités par exemple.

Revendications concrètes

Ces dernières années, les personnels des universités ont souvent lutté sans succès contre des réformes structurelles qui dégradaient leurs conditions de travail et d’emploi. Les luttes de Lyon-II et Paris-VIII prennent au contraire appui sur des revendications concrètes : l’emploi, les salaires – même si tout cela est lié aux politiques nationales.

C’est de là qu’il faut repartir pour enrayer la machine. Tout est à faire : construire des syndicats de lutte, convaincre que les salarié-e-s des universités ont des droits comme les autres, et que la grève est un moyen de les faire respecter. Et généraliser ces conflits, pour éviter qu’il faille lutter six mois pour avoir un salaire décent.

Julie (AL Saint-Denis)

Pour en savoir plus :

Blog des vacataires de Lyon-II : mobprecvaclyon2.wordpress.com

Page Facebook de la grève à Paris-VIII : Collectif des bas salaires de Paris 8

[11. Voir « Pas de contrat, pas de paye, pas de paix », AL n° 248, mars 2015.

 
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