Espagne : Face aux violeurs, « c’est nous la meute ! »

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Depuis le 26 Avril, une nouvelle vague de mobilisation, principalement de femmes, s’indigne du résultat d’un procès ayant qualifié un viol «  d’abus sexuel ». Après un 8 mars historique, les espagnoles montrent leur détermination à ne plus subir la violence patriarcale quotidienne.

Le 7 Juillet 2016, pendant les fêtes de la San Fermin à Pampelune, cinq hommes ont violé une femme de 18 ans. Ces cinq hommes, dont l’un est membre de la Guardia civil et un autre appartient à l’armée, filment leur agression sexuelle et la partagent sur un groupe WhatsApp baptisé la manada (la meute).

Une sentence patriarcale

Le jugement a eu lieu en novembre 2017, et le procès attire rapidement l’attention médiatique grâce aux nombreuses mobilisations féministes. L’accusation demande plus de 20 ans de prison pour viol avéré pour chaque agresseur. De l’autre côté, les cinq hommes, en prison depuis le 8 juillet 2016, se déclarent innocents du viol. Leur défense demande leur libération, et apporte comme «  preuve  » le rapport d’un détective privé, engagé pour suivre la victime avant le procès. Il expliquera qu’elle ne souffre pas de stress post-traumatique après son viol, et en fera un argument en contre... Cette intrusion dans la vie de la victime et les tentatives de discrédit de sa parole, ont été rapidement dénoncées par des organisations féministes, des collectifs de psychologues et par l’opinion publique, ouvrant le débat sur qui est jugé et qui est judiciairement protégé dans ces situations. Avec le hashtag #yositecreo (#jetecrois), la société en masse montre son soutien à la victime, et de nombreuses mobilisations voient le jour.

Le verdict est annoncé le 28 avril 2018. Les juges condamnent les agresseurs à seulement 9 ans de prison pour un délit d’ «  abus sexuel  » considérant qu’il n’y a pas eu «  intimidation  » ou «  violence  », comme le stipule le Code pénal espagnol pour pouvoir retenir le viol. Pourtant, les mêmes magistrats ont jugé «  indiscutable que la plaignante s’était soudain trouvée dans un lieu étroit et caché, entourée par cinq hommes plus âgés et de forte carrure qui l’avaient laissée impressionnée et sans capacité de réaction  ». Ce verdict a immédiatement suscité une vague de colère dans tout le pays.

« C’est nous la meute » !

Avec le slogan «  C’est nous la meute  », cette affaire est devenue un symbole de la lutte féministe, qui montre de plus en plus de force dans la société espagnole, à l’instar du dernier 8 mars qui a mobilisé de façon historique.

Depuis le jour de la sentence, des manifestantes et manifestants se rassemblent régulièrement dans toutes les villes d’Espagne pour protester contre la décision des juges. L’Association des Femmes Juges d’Espagne s’est jointe aux réactions, avec un communiqué demandant une modification de l’interprétation des crimes liés à la liberté sexuelle. Le 10 mai, une grève étudiante avec plus de 40 rassemblements dans tout le pays a eu lieu pour dénoncer «  une justice machiste qui protège les violeurs  ». Le soutien à la victime s’amplifie encore une fois dans les réseaux sociaux, et avec le hashtag #Cuéntalo (#Raconte-le), plusieurs centaines de milliers de femmes ont partagé leurs histoires d’abus et d’agressions sexuelles. Une atmosphère généralisée de colère et de rage inonde l’Espagne. Les femmes espagnoles réclament au gouvernement le respect effectif des mesures contre les violences sexistes, et que les relations sexuelles sans consentement soient qualifiées juridiquement en tant que viols. Seuls 9 pays européens le définissent ainsi, et la France n’en fait pas partie. Encore une preuve éprouvante de la justice patriarcale et du manque de protection des femmes face à toutes les formes de violences sexuelles.

Clara et Ginés (AL Nantes)

 
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