Essai : Pattieu, « Beauté Parade »

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Beauté parade, c’est l’histoire d’une lutte qui s’est déroulée en 2014 et avait alors connu une certaine médiatisation pour son originalité. Au 57, rue de Strasbourg, quartier Château-d’Eau à Paris, le patron d’un salon de coiffure et manucure disparaît du jour au lendemain avec la caisse. Il laisse sur le carreau quinze travailleuses, dont seulement deux possèdent des papiers. Deux mois que le patron n’a pas versé les salaires. L’une des travailleuses décide alors de contacter la CGT qui répond à l’appel : l’occupation du salon commence. Sur les 15 coiffeuses du salon, 7 vont rester : 2 Camerounaises, 4 Chinoises et Gang, le seul homme du salon, de Chine également.

Le patron est déjà loin et il est vain d’espérer récupérer les deux mois de salaires volés. Objectif de la lutte : obtenir la régularisation de celles qui sont restées et qui ont choisi de se battre.

Sylvain Pattieu tient la chronique de ce combat : 75 jours à faire tourner le salon pour se payer ; 75 jours d’occupation du salon, nuit et jour, dimanches d’ennui compris.

Pas de grands discours, d’analyses contextuelles ou d’entretiens sociologiques : seulement le récit au jour le jour de la lutte et les paroles rapportées de celles et ceux qui y sont liés : travailleuses, syndicalistes, clients, patrons des autres salons… Au fil des discussions dans le salon, on découvre les trajectoires de vie, d’Afrique de l’Ouest ou de Chine. Parfois, le choix de tenter sa chance ailleurs, l’aventure, parfois l’obligation de partir, pour sortir la tête de l’eau, du chômage, des dettes. Toujours, l’espoir d’une vie meilleure mais toujours, là-bas comme ici, être soumis aux caprices de l’économie capitaliste.

Beauté parade est une lecture instructive et enthousiasmante. Entre autres sur le rôle que peut jouer le syndicalisme dans les luttes de sans-papiers. Loin d’être inadapté à ces formes de travail précarisé à l’extrême, car non reconnues, le syndicalisme apporte une logistique, un soutien large pour éviter l’isolement et surtout l’expérience acquise dans des luttes similaires. Comme l’explique Raymond, syndicaliste CGT : « La seule façon de prendre les choses, ce n’est pas à partir du dossier personnel des gens, mais de leur place dans la société. Là, tu fais le lien avec les autres travailleurs, avec une identité sociale commune. […] La grève [des travailleurs sans-papiers] est un fait, elle oblige à reconnaître ce qui n’est pas censé exister. »

Un récit très bien écrit, émouvant, drôle et chaleureux. Une histoire de femmes courageuses, qui luttent et qui gagnent. Bref, une lecture qui donne envie de se battre !

Benjamin (AL Nantes)

  • Sylvain Pattieu, Beauté parade, Le livre de Poche, 256 pages, 6,60 euros.
 
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