États-Unis : Mumia Abu Jamal - la justice prend perpète

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Le 7 décembre dernier, Mumia Abu-Jamal quittait enfin le couloir de la mort de la prison de Pennsylvanie, la peine ayant été commuée en détention à perpétuité. Si cette annulation sonne comme une victoire, aujourd’hui une nouvelle lutte pour la vérité commence.

L’arrestation et la condamnation à mort en 1982 de Mumia Abu Jamal – de son vrai nom Wesley Cook – sont un exemple parfait de justice de classe. En 1981, la ville de Philadelphie est le théâtre de vives tensions entre communautés. Mumia Abu-Jamal, ancien membre des Black Panthers et chroniqueur radio connu pour ses prises de positions concernant les dirigeants de la ville, est pris à parti dans une altercation entre un policier blanc – Daniel Faulkner – et son frère William Cook. Des coups de feu sont échangés. Lorsque les renforts arrivent, ils trouvent deux hommes à terre : Mumia est blessé, Faulkner est mort. C’est le début d’un procès dans lequel la vérité occupe une place très marginale. Le déroulement du procès, mené sous la direction du juge Sabo, raciste notoire, est dès le début pointé du doigt. L’avocat commis d’office de Mumia est tellement mauvais qu’il demande à assurer lui-même sa défense, ce qui lui est refusé. Les « preuves » sont présentées de manière incomplète et hâtive. Pour couronner le tout, le jury « tiré au sort » comporte deux noirs et quatorze blancs. Le ministère public utilise le passé militant de Mumia pour le noircir. Il est alors condamné à la peine capitale et envoyé dans le couloir de la mort du State correction institution (SCI) de Greene ; il y restera 29 ans. Suite à cette parodie de justice, un mouvement s’organise et les associations de défense des prisonniers vont alors poursuivre deux objectifs : bloquer le décret du gouverneur fixant la date d’exécution et casser le jugement en vue d’un nouveau procès. Mumia devient alors le symbole d’un homme pris au piège d’une justice au service des classes dominantes.

[*Justice de classe*]

Reconnaissant des irrégularités, le tribunal fédéral écarte en 2001 la condamnation à mort mais refuse de reconsidérer l’affaire. Les parties font appel. En 2008, un vice de procédure annule la sentence capitale mais juge Mumia coupable. La cour de Pennsylvanie fait appel pour contrer l’annulation de la peine capitale. Le 12 octobre 2011, la Cour suprême des Etats-Unis commue définitivement la peine de mort en prison à perpétuité, décision confirmée le 7 décembre dernier par le procureur Seth Williams. Faut-il se réjouir de cette victoire ? Victime d’un procès partial, raciste et expéditif, Mumia survit en prison dans des conditions inacceptables, clamant son innocence depuis le début, alors que la preuve formelle de son supposé crime n’a jamais été faite. Le ministère de la Justice étasunien espérerait-il sa mort silencieuse, vu la diligence avec laquelle cette affaire fut traitée ? De même, la ténacité avec laquelle la cour de Pennsylvanie s’est systématiquement attaquée aux décisions contraires au premier verdict, alors qu’une montagne de preuves s’accumulait montrant la légèreté avec laquelle le juge Sabo avait traité cette affaire, est des plus inquiétantes. La tenue d’un nouveau procès semble pour l’instant exclue alors qu’il est acquis que les conditions de déroulement du jugement de 1981 ne furent pas équitables et présentaient plusieurs manquements graves. Pour Mumia, les voies de recours légales s’amenuisent, réduisant l’espoir que se tienne un nouveau procès, dans un pays qu’on a connu plus prompts à donner des leçons au reste du monde sur la manière de traiter les opposants politiques.

Nico (AL Paris Nord-Est)

 
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