Femmes objet : la femme comme signe extérieur de richesse

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Les affaires à caractère sexuel touchant Dominique Strauss-Khan tendent à être abordées souvent sous l’angle psychologique de l’addiction au sexe. Or une telle approche réduit la portée de ces affaires en occultant leur inscription dans un système de pouvoir plus large.

L’affaire du Sofitel de New York impliquant Dominique Strauss-Khan ou celles liées au Carlton de Lille, dans lesquels le nom de l’ex-directeur du FMI est cité peuvent être replacées dans un ensemble plus large, celui des rapports des hommes de pouvoir – qu’il soit économique ou politique – aux femmes. Ce sont ainsi plusieurs affaires relatives à différents hommes politiques, comme par exemple Berlusconi en Italie, qui attirent actuellement l’attention sur cette question.

[*Champ politique et domination masculine*]

Les rapports de genre en politique sont bien souvent analysés du point de vue de la place des femmes en politique et plus particulièrement de leur sous-représentation parmi les élus politiques. Certains faits ou propos soulignent régulièrement les habitudes encore bien souvent machistes de la classe politique. Si les affaires Strauss-Khan abordent la question sous l’angle de la pathologie individuelle, les affaires Berlusconi sont médiatisées pour la transgression du droit commun qu’elles impliquent, en particulier lorsqu’il s’agit de relations sexuelles tarifées avec des mineures. On pourrait également citer la place des maîtresses comme dans l’affaire Mazarine ou plus proche de nous celle des ex-mannequins devenues épouses. La place des femmes dans la vie des hommes politiques français actuels n’est pas qu’une question individuelle et de préférence subjective, mais elle est une illustration des rapports entre champ politique et domination masculine. Dans le champ politique, traditionnellement dominé par les hommes, les femmes constituent un attribut extérieur de pouvoir au même titre que la voiture ou les costumes que l’on porte.

Il serait tentant de penser que le champ politique à notre époque a rompu avec des modes de fonctionnement que l’on pourrait penser archaiques alors que nos textes juridiques proclament l’égalité de droits entre hommes et femmes.

[*Les femmes, un attribut classique du pouvoir*]

Pourtant, les exemples cités précédemment semblent au contraire indiquer une continuité avec des pratiques traditionnelles de l’histoire politique et des rapports hommes/femmes. Les femmes ont pu en effet apparaitre à divers titres comme un attribut du pouvoir politique et économique. Le harem ou l’existence de courtisanes, par exemple, attestent le pouvoir du monarque par le nombre de femmes qu’il possède. Sa puissance sexuelle supposée apparaît alors comme une métaphore de sa puissance politique. Virilité et pouvoir politique semblent alors indissociablement liées. Le pouvoir rend capable de posséder n’importe quelle femme, le vocabulaire de la séduction étant d’ailleurs de manière générale, celui de la conquête militaire ou de la chasse. Ce pouvoir se manifeste également relativement à l’autre « masculin », au rival : pouvoir avoir la femme que l’autre peut désirer, voir même avoir un droit sur la femme d’un subalterne. L’histoire propose nombre d’exemples de l’usage des femmes comme attribut du pouvoir politique. Louis XIV en fournit ainsi un exemple pertinent au système des courtisans qui vise la domestication de l’aristocratie frondeuse et à l’étiquette de la cour de Versailles, s’ajoutent les maitresses du Roi venant compléter le tableau de son pouvoir absolu. Au XIXe siècle, la bourgeoisie fait du système des maitresses, mondaines et demi-mondaines, un des attributs du pouvoir économique masculin : l’entretien économique de maîtresses apparait comme l’une des marques de la puissance économique. En matière de femmes, « beauté » (dont les critères varient selon les époques et l’aire culturelle), jeunesse et nombre, constituent les trois maîtres mots qui semblent gouverner l’usage des femmes comme attribut du pouvoir. Si la domination masculine est selon Françoise Héritier, un fait anthropologique universel, la place d’attribut du pouvoir politique qui est assignée aux femmes dans le champ politique paraît ainsi jouir d’une constance à travers l’histoire et les différentes aires culturelles.

[*Continuité des pratiques*]

De fait, en inscrivant les récentes affaires politico-sexuelles dans une approche à la fois historique et sociologique, on est amené non à en faire de simples cas pathologiques, mais le reflet d’un système plus large qui est propre à l’ensemble du champ politique et également probablement économique, et s’inscrit dans une continuité historique. De ce point de vue, le champ politique n’a pas fait sa révolution, mais ne fait que perpétuer les pratiques plus éculées de la domination masculine ou même plus largement du système patriarcal. Au poignet, une Rollex et à l’autre bras, un top model : il n’est pas besoin d’aller chercher l’addiction au sexe, pour percevoir que les affaires Strauss Khan ne sont que les versions exacerbées d’un rapport aux femmes largement partagé au sein du monde politique. Il est un dernier point que l’on peut également souligner, c’est l’attitude somme toute traditionnelle qu’adoptent les épouses officielles des hommes politiques : celles de soutien indéfectible à leur époux. On ne peux manquer de remarquer tant l’attitude d’Hillary Clinton par exemple que celle d’Anne Sinclair, où deux femmes dotées d’un niveau d’étude élevé et d’une autonomie économique, suivent le comportement correspondant aux rôles sociaux genrés traditionnels.

Irène (AL Paris Nord-Est)

 
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