Festival : À Lorient, des cultures unies

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Pour la sixième année , une rue du port de pêche de Lorient a été investie toute une journée par Unies sont nos cultures (USNC), festival « culturel et libertaire » initié par le collectif La Mala Semilia, qui fonctionne en autogestion, sans aucune subvention.

C’est une bande de potes qui a lancé l’idée de faire un festival dans le quartier du port de Lorient. En s’installant rue Florian-Laporte, USNC pose aussi la question de la réoccupation de l’espace urbain.
Il y a encore peu de temps, la majorité de l’activité du quartier de Keroman dépendait de la pêche. Celle-ci a pratiquement disparu, excepté pour quelques gros armateurs. Reste également le port de commerce qui est un important lieu de débarquement de soja et de pétrole (voir encadré). Le déclin de la zone a laissé de grands espaces inoccupés à proximité de la ville.

Ce sont d’abord des grapheurs et squatteurs qui ont investi les lieux, puis des artistes à la recherche d’ateliers bon marché. Cependant, le quartier est resté en marge. Quelques bars, restaurants et hôtels semblent encore attendre l’arrivée de marins en bordée.

Cultures « alternatives »

Le graffiti a toujours occupé une place importante dans cet espace. Ce dimanche 24 mai, plus de vingt grapheurs
 [1] se sont donné rendez-vous pour repeindre les murs (plusieurs dizaines de mètres linéaires), avec plein de styles et de couleurs.

D’autres artistes étaient venus présenter leurs travaux : sculptures métalliques, dessins et installation sur le thème de la transversalité entre les alphabets latin et arabe.

Tout l’après-midi, des concerts et sound-systems, installés dans la rue, ont fait se côtoyer rock-garage, musiques kurdes, punk-rock, MC ragga, hardtek/hardcore et percussions africaines. À coté, une association de skaters proposait aussi des démonstrations.

En fin de journée, une projection-débat autour de Mouton 2.0 [2]
a rassemblé quelques personnes au Lieu noir – Lieu jaune [3] .
Les tables de presse d’organisations locales ont aussi été incontournables à USNC. Le paysage militant radical était bien sûr représenté : groupe AL de Lorient ; collectifs antifascistes de Quimperlé et Rennes ; CNT de Quimper ; et groupes libertaires locaux [4]
.

Luttes et culture kurdes

Amnesty International, l’Association France-Palestine Solidarité (AFPS), l’émission radio Keep the Rage et l’équipe féminine de roller-derby Les Morues avaient aussi répondu à l’invitation.

Convié-e-s pour tenir une table de presse sur leur lutte, des militants et militantes kurdes ont collecté des fonds pour Heyva sor’a Kurdistan (Croissant rouge du Kurdistan) et proposé de la petite restauration.
Des musiciens ont joué sur la scène extérieure et ont entraîné des visiteurs dans des danses kurdes au beau milieu de la rue. « Super ambiance ! » selon certaines de ces militantes et des spectateurs, surpris par la similarité avec l’An-Dro
 [5].

Le collectif La Mala Semilia n’est pas omniprésent dans l’organisation du festival. Il se charge essentiellement de la partie administrative, des concerts et d’une partie de la restauration.
Pour le reste, les différents « pôles » s’organisent indépendamment les uns des autres : Des personnes sont mandatées pour chacun d’eux et quelques réunions suffisent pour se coordonner.
Les seules sources de financement restent la vente de couscous, de T-shirts « USNC » et des entrées pour les concerts du soir. En complément, un concert de soutien cet hiver a permis la tenue de l’édition 2015.

La réussite de cette édition est encourageante : le mode d’organisation fonctionne globalement bien, malgré l’extension des activités chaque année.
L’événement est devenu un rendez-vous militant, liant artistes et libertaires. Il est aussi un lieu d’ouverture car le public et les organisations présentes se diversifient un peu plus chaque année.
Pour finir, tout s’est déroulé sans souci notable. Les 160 entrées aux concerts du soir vont permettre à La Mala Semilia d’envisager une édition l’année prochaine [6].

Pépé (CAL Lorient)

[1Étaient présents les collectifs Moker Crew, C29, Diaspora Crew, Bugale an noz, BZH, West writers et IBS.

[2Mouton 2.0, la puce à l’oreille (2012) a été réalisé par Antoine Costa et Florian Pourchi. Il aborde
la question du puçage des animaux d’élevage avec des RFID – www.mouton-lefilm.fr

[3Le Lieu noir – Lieu jaune est un ensemble de containers aménagé en atelier par Catherine Raoulas, une artiste résidant sur le port
de Lorient – www.lieunoirlieujaune.net

[4Groupe René Lochu (Vannes), La Digne Rage (Rennes), et le Crabes (Quimper)

[5An-Dro : danse traditionelle bretonne en cercle, pour laquelle on tient ses voisins par les petits doigts.

[6À suivre dès avril 2016 sur : www.facebook.com/unies.sont.nos.cultures.lorient ou en suivant les info d’AL Lorient.

 
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