Festival de court-métrage de Douarnenez : Al Otro Lado, Mexicains aux USA

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Pour cette 28e édition du festival, le port sardinier a déroulé les toiles cirées pour accueillir les cinémas mexicain et « chicano ». Un festival où souffle un vent de colère tant dans les salles qu’à la cantine : alors que l’Europe veut se ceindre de murailles, ce grand rendez-vous du cinéma militant nous invitait à passer « de l’autre côté » d’une frontière de 3 200 km de long pour découvrir les Mexicains des USA.

Frontière volée, puisque les quatre États frontaliers, Californie, Nouveau-Mexique, Arizona et Texas étaient mexicains jusqu’en 1848, date de leur annexion par les USA. Frontière à transgresser, mythifiée par Hollywood : dans El Perdido, (Robert Aldrich, 1961), un homme coupable d’un meurtre passe au Mexique, mais sa route le ramène inexorablement aux États-Unis.

Événement, avec la nouvelle version de La Soif du mal, (Orson Welles, 1957), remontée d’après les instructions du réalisateur. Charlton Heston y incarne un flic mexicain incorruptible en butte à un homologue américain complètement ripoux. Les clichés sont renversés, et l’enquête nous emmène dans la chaleur de la nuit de Tijuana, ville factice construite pour assouvir les plus bas instincts d’une bourgeoisie californienne enserrée dans son carcan.

À Ciudad Juarez, des femmes disparaissent mystérieusement. Le court métrage El otro sueño americano (E.A. Schroeder, 2004) tente de répondre à ce mystère à travers le destin de Sandra, une prostituée qui rêve d’Amérique tandis que le documentaire De l’autre côté (Chantal Akerman, 2002) va au plus près du royaume de la peur de ces « sales Mexicains » (comme le disent nombre de médias US) qui tentent de traverser la frontière.

Un cinéma engagé

Le cinéma « chicano » accompagne le mouvement syndical et culturel des Mexicains aux USA. Film fondateur de cet engagement, le magnifique Le Sel de la terre réalisé en 1953 par Herbert Biberman, dans lequel les femmes des mineurs de la compagnie Zinc, à Silver City, prennent la lutte de leurs maris en main. Un film qui a suscité applaudissements, cris et poings levés. Chaude ambiance !

Avec Raíces de sangre (Jesus Salvador Treviño, 1976), c’est un groupe d’ouvriers qui veut créer une union syndicale capable de réunir les « chicanos » et les Mexicains, travaillant dans une maquiladora pour la même compagnie américaine. Enfin, le documentaire Valley of Tears (Hart Perry, 2003) est un retour sur les luttes sociales qui secouèrent la ville de Raymondville au Texas dans les années 1970. Leur revendication : une hausse de leur rémunération bloquée à 25 cents le sac d’oignons depuis 20 ans. La mobilisation se poursuivra sur le terrain de l’éducation dans un contexte de combat pour les droits civiques. Filmé sur 20 ans, c’est un regard sans concessions sur la lutte méconnue des Mexicains contre les discriminations.

Lutte pour la dignité de Mojado power (Alfonso Arau, 1980) où le double du « grand blond avec une chaussure noire » crée une association pour défendre les droits des sans-papiers. Dans un autre registre, la violence d’American me (E.J. Olmos, 1992) nous submerge. Ce film traite des émeutes racistes de 1943, où la police de Los Angeles et les militaires de l’US Navy massacrèrent les zazous mexicains, mais aussi de la guerre des gangs pour le contrôle du trafic de cocaïne, et porte un regard sans complaisance sur l’univers de la prison.

(Sur)vies « chicanas »

Au Mexique, l’argent envoyé par les expatrié(e)s constitue le deuxième revenu après le pétrole. Cette solidarité en action, c’est The Sixth section (A. Rivera, 2003), où des immigré(e)s installé(e)s à New-York organisent « Grupo Union », une structure chargée de récolter des fonds pour reconstruire leur ville.

Identité tourmentée, comme celle de Ana (P. Cardosa, 2003), jeune fille tiraillée entre son désir de vivre et ses origines parfois encombrantes. Décalage des générations de Tortilla soup (Maria Ripoll, 2001) auquel s’ajoute celui des différences culturelles entre un père marqué par la tradition (culinaire) mexicaine et ses filles qui tentent de s’émanciper. Plus intimiste, El Chogui, portrait du boxeur Luis Liguel qui rêve de faire carrière aux USA. Entre désenchantement et désillusion, il est le symbole d’une Amérique qui s’est enrichie avec le travail des Mexicains et qui leur refuse droits et dignité.

À travers quatre histoires, The City (David Riker, 1998) présente des situations de latinos aux prises avec les questions de santé, de logement et d’éducation. Pourtant, le travail de ces sans-papiers est vital pour l’économie américaine comme le démontre Sergio Arau qui dans A Day without a mexican (2004), une comédie au vitriol, critique acerbe des médias américains. Également présenté, Bread and roses (K. Loach, 2000) dénonçant les rouages de l’exploitation des immigrés sans papiers.

Erwan Le Creurer

CHIAPAS El Fuego y la palabra EZLN, 2003

Le 17 novembre 1983 était créée au Mexique l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN).

Durant 10 ans, dans les villages du Sud-Est mexicain, elle s’est forgée dans le silence et le secret, jusqu’au 1er janvier 1994, où plusieurs milliers de combattants de l’EZLN ont occupé 7 villes du Chiapas.

Ce documentaire est la mémoire collective de ces hommes et femmes. A travers les témoignages d’insurgé(e)s, il retrace l’histoire générale de la rébellion des plus pauvres qui mettent en pratique l’autogouvernement, invitant l’humanité à croire en elle-même.

A lire également : 20-10 Le Feu et la Parole, de Gloria Munoz Ramirez au édition Nautilus.

CSPCL (Comité de Solidarité avec les Peuples du Chiapas en Lutte) : 33, rue des Vignoles, 75020 Paris, France. www.cspcl.ouvaton.org

TCHÉTCHÉNIE, Paroles de femmes

Mylène Sauloy, 2005.

« Les femmes ? Elle font tourner le pays, bouffer les gosses, elles sont veuves ou mariées à des prisonniers et elles ont 20 ans ! ». C’est par ces mots que Mylène Sauloy présente la situation des femmes tchétchènes. Pour la réalisatrice, la violence de l’armée russe est à l’image de la violence de la Russie envers elle-même. Un État violent, une société qui ne réagit pas. Contrairement aux Tchétchènes qui ont toujours résisté.

Son film, elle l’entend comme une réponse à ceux qui ne voient en elles que de dangereuses kamikazes : paroles de cinq femmes qui luttent avec d’autres armes dans un pays en ruine. Un pays où la victoire des Russes a brisé la société, laissant la place à la corruption, aux milices, aux clans et à l’islamisme radical.

BRETAGNE Une nuit avec les ramasseurs de volailles

Jean-Jacques Rault, 2004.

Comme chaque année, un coup de projecteur est donné sur la production bretonne. A noter le documentaire de Jean-Jacques Rault sur les ouvriers de la volaille. Chaque nuit, ces hommes et femmes ramassent à la main des milliers de volailles pour approvisionner les abattoirs. Ces travailleur(se)s de l’ombre bossent plus de 60 heures par semaine pour un salaire brut de 970 euros. Ils/elles nous racontent leurs espoirs, mais surtout le sentiment l’abandon et la fatalité face à leur condition sociale.

Distribution : jj.rault@wanadoo.fr

PHOTO La frontière sous l’œil de 3 photographes

Aux anciennes Halles, une terrible exposition photographique nous emmenait à la découverte de Tijuana. Corps à vendre éclairés au néon, corps en autodestruction des enfants perdus, les photos d’Arturo « El Chato » Fuentes et de Xolotl Salazar sont un voyage au bout de l’enfer. Au-delà de la ville, la frontière est omniprésente, prise au plus près par Laetitia Tura. Cette photographe, qui travaille sur les conflits et les espaces frontaliers, a parcouru la ligne de partage. La double muraille d’acier, la voie de lumière blanche, l’œil électrique scrutant les ténèbres, autant d’auxiliaires de police face à l’inéluctable marée humaine qui cherche le trou dans la nasse en des lieux parfois bucoliques.

Photos disponibles sur le site www.laetitiatura.free.frFestival de cinéma de Douarnenez : www.kerys.com/festival

 
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