Florange : Retour sur une fermeture programmée

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Lorsque le premier des deux hauts fourneaux de Florange est mis à l’arrêt en aout 2011, tous savent que le second suivra et que, dès lors, c’est la filière chaude qui est menacée. Les ouvriers ont en mémoire la fermeture brutale de l’aciérie de Gandrange et ses 595 suppressions de postes, deux ans plus tôt. Mais en réalité, la stratégie Mittal est en marche depuis plus longtemps.

Presse, politiques ou syndicalistes, chacun y va de son petit nom pour qualifier Lakshmi Mittal  : «  carnacier  », «  requin  », «  ogre financier », «  magouilleur  ». En fait, c’est un capitaliste. Un patron qui fait son job avec les armes juridiques et financières qu’ont déployées les états. Sa stratégie  ? Racheter des sites sidérurgiques et des mines au bord de la faillite sur les cinq continents et apparaître comme sauveur puis acteur incontournable de la production d’acier dans le monde.

Le système Mittal

Depuis ses premières affaires en Indonésie, il s’est imposé à Trinidad et Tobago, au Mexique, au Canada, au Kazakhstan, en Afrique du Sud, aux États-Unis, en Algérie... et en Europe. Pour assurer ses investissements, il siège aux conseils de surveillance de grands groupes tels qu’EADS, ICICI Banks ou Goldman Sachs. Il rachète, restructure, augmente la productivité, pressurise les salarié-e-s, licencie à tour de bras, et ferme si le rendement n’est pas à deux chiffres. Mais ce n’est pas tout, la France comme la Belgique et l’Union Européenne lui accordent des crédits d’impôts particuliers  [1].

La poudre aux yeux

Mais en retour, Mittal n’offre rien. Lorsqu’il s’engage sur des investissements sur la filière froide à Florange, ils correspondent au minimum nécessaire pour le fonctionnement des infrastructures, rien pour des rénovations ou de la recherche. Alors, quand il s’agit de reprise ou de nationalisation, Mittal peut se frotter les mains depuis sa tour d’ivoire londonienne  : tandis les gouvernements se déchirent, lui sait qu’il ne vendra certainement pas à la concurrence. Ce n’est tout simplement pas son projet. Depuis 2008, il a cessé d’investir, causant de graves dégradations sur les infrastructures  [2]. Si cela n’avait pas été le cas, Florange serait toujours l’un des sites les plus rentables d’Europe.

Cette stratégie où la finance a pris le pas sur l’industriel, les salarié-e-s la subissent de plein fouet. Et après  ? Chômage partiel, reclassement, préretraite  ? Loin des médias et des gouvernements, celles et ceux de Florange comme de Liège continuent de se battre. Mittal n’est plus concerné. Il a fait plier tous ceux qui entravaient sa route. Lors de son audition au Parlement le 17 avril dernier, il aurait dénoncé des coûts de production trop importants et un temps de travail trop faible, tout en exigeant un code du travail plus souple. À croire que ce n’est pas tombé dans l’oreille de sourds, puisqu’un mois plus tard, les sénateurs votaient l’Accord National Interprofessionnel  [3]. Un joli cadeau à tous les Varin, Ghosn et consorts, fait, qui en doute encore, au prix de milliers d’autres emplois.

Marie-Au (AL Paris Nord Est)

[1Grâce au crédit d’émission de CO2 mis en place par l’Union Européenne en 2005, Arcelor Mittal a capitalisé l’équivalent de 64 millions d’euros qu’il peut conserver ou revendre. Les intérêts notionnels en Belgique lui offrent aussi une déduction fiscale de près de 1,6 milliards d’euros. En France, lorsque Mittal dit s’engager dans le projet de recherche sur l’acier «  vert  » LIS, il n’investira en réalité que 13 millions d’euros sur les 32 nécessaires, le reste étant financé par l’Etat sous forme de crédit d’impôt pour la recherche.

[2Rapport Faure sur l’avenir du site de Florange, remis à Arnaud Montebourg. Juillet 2012.

[3Voir « Droit du travail : L’Ani : un ennemi difficilement identifiable » dans Alternative libertaire n°228, de mai 2013.

 
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