Fusion nucléaire : la fuite en avant !

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Non contents d’avoir fait de la France le pays le plus nucléarisé du monde, les différents gouvernements, de droite comme de gauche, projettent de faire de notre pays le leader de la « fusion nucléaire ».

Deux installations concrétisent l’ambition nucléaire de la France : ITER [1] implanté à Saint-Paul-lez-Durance (Bouches-du-Rhône) et le Laser Mégajoule (LMJ) sur la commune du Barp en Gironde.

Les projets de recherche sur la fusion cherchent à utiliser l’énergie produite par la fusion de noyaux d’hydrogène, réaction particulièrement difficile à maîtriser [2] .

Le Laser Mégajoule et L’ITER

L’objectif du LMJ est de recréer les conditions thermodynamiques d’une explosion de bombe atomique pour valider les logiciels de simulation d’armes nucléaires. Et ainsi de contourner le traité international sur les essais nucléaires. Le chantier est à ce jour largement entamé, même si la fin des travaux a été reportée à 2014.

Le programme ITER associe la Russie, les États-Unis, l’Union européenne, le Japon, la Chine, la Corée et l’Inde. Son objectif est d’« arriver à maintenir une réaction de fusion nucléaire pendant... six minutes ». À ce jour rien ne prouve que l’homme soit jamais capable de maîtriser la fusion nucléaire. Le 9 novembre 2012, le Premier ministre a signé le décret « autorisant l’Organisation internationale ITER à créer une installation nucléaire ».

Ces deux chantiers sont de grande ampleur. Le bâtiment destiné au LMJ représente 140 000 mètres carrés de locaux. Le site ITER à Cadarache s’étend sur 180 hectares et a nécessité le déblaiement de 2,5 millions de mètres cubes de roche. Ces installations utiliseront des équipements ultra sophistiqués : faisceaux de lasers, aimants supraconducteurs, installations de confinements, de mesure… qui vont consommer d’énormes quantités d’eau – ITER utilisera chaque année près de 3 millions de mètres cubes d’eau – et d’énergie : « Pour démarrer ITER, il faut disposer de 500 MW, […] pendant une dizaine de secondes […]. De façon permanente, l’installation a besoin de 120 MW » [3]

Quelle opposition ?

Au delà des coûts et des risques environnementaux de ces installations expérimentales, nous entendons dénoncer la logique qui les justifie : développement de nouvelles armes de destruction massive, fuite en avant dans un modèle énergétique hyper centralisé, quand les enjeux de notre temps sont ceux des économies d’énergies et des énergies décentralisées renouvelables.

Les oppositions à ces projets s’expriment au sein du mouvement antinucléaire : l’association Tchernoblaye et le Réseau sortir du nucléaire tentent d’exprimer le rejet du LMJ. En mai 2004, 500 personnes manifestaient au Barp dans le cadre du Tour de France pour sortir du nucléaire. Quant à la manifestation de 2 000 personnes organisée en novembre 2007 à Marseille par le Collectif stop ITER, elle démontre, elle aussi, les difficultés à mobiliser en France contre le lobby nucléaire. Et pourtant la permanence d’une mauvaise opinion sur le nucléaire dans le pays n’est plus à démontrer.

Jacques Dubart (AL Agen)

[1International Thermonuclear Experimental Reactor : réacteur thermonucléaire expérimental international

[2C’est l’énergie à l’œuvre au cœur du soleil

[3Le Monde du 5 décembre 2003

 
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