politique

Gilets jaunes : l’assemblée de Saint-Nazaire parfois tendue, souvent créative

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L’appel de l’Assemblée des assemblées, à Saint-Nazaire, se prononce clairement pour la sortie du capitalisme. Bond en avant dans la conscientisation du mouvement, ou forcing de la gauche des gilets jaunes ? Pas si simple de trancher.

Près de 250 délégations, des observateurs et observatrices, des journalistes, des bénévoles, des cantines militantes… environ 800 personnes étaient présentes du 5 au 7 avril à la Maison du peuple de Saint-Nazaire, pour l’assemblée des assemblées (AdA) des gilets jaunes. Il en ressort un appel général et quatre autres sur des thèmes spécifiques Appel pour des assemblées citoyennes », « Appel pour les élections européennes », « Appel pour un acte national pour l’annulation des peines », « Appel pour une convergence écologique »). L’appel général va à présent être rediscuté dans les groupes locaux. Ces journées ont été foisonnantes et intenses.

L’objectif des organisateurs et organisatrices était de tester un fonctionnement articulant plénières délibératives et ateliers. Cela a pu donner parfois l’impression d’un bordel plus ou moins joyeux. Mais l’intensité des échanges a permis à beaucoup d’expérimenter une forme de démocratie directe. Les « assemblé·e·s » étaient divisés en deux. D’une part il y a avait les délégué·es (une femme et un homme par délégation), envoyé·es par leurs collectifs ; d’autre part leurs accompagnateurs et accompagnatrices, en observation, dans l’objectif d’aider les délégué·es à demeurer dans les clous des mandats confiés.

Cette organisation permettait de multiplier les présences dans les ateliers.

Citoyennisme ou rupture ?

Six points (préalablement soumis aux groupes locaux) avaient été mis en discussion, dont le principal était de définir le fonctionnement de l’assemblée des assemblées. Les autres – actions, revendications, répression, communication, « quelles suites pour le mouvement » (stratégie et convergences possibles) – avaient permis de collecter, avant l’AdA, ce qui avait déjà été accompli dans les collectifs locaux, et d’envisager pour la suite des moyens d’assurer la légitimité et la transparence de la collecte et du traitement des informations.

La question des stratégies a mis en évidence une tension. D’un côté, une tendance citoyenniste songeait à participer aux élections municipales, créer ou à rejoindre des associations existantes travaillant notamment sur le thème de l’écologie... De l’autre, c’est plutôt une volonté de sortir du système existant en inventant des solutions originales qui s’est exprimée. Néanmoins, l’atelier sur le thème de la création de maisons du peuple a plutôt penché pour des solutions d’achat de lieux ou de location, sans évoquer la possibilité de squatter… alors même que nous étions dans un lieu occupé au départ illégalement.

© Yves Monteil/Reporterre

Salutation au Rojava et à l’Algérie en lutte

La question de l’appui aux luttes locales et de la convergence avec les syndicats a été évoquée à de nombreuses reprises. Convergence aussi avec les participantes et les participants à la marche pour le climat et avec les étudiant·es et lycéen·nes. Ceci a donné lieu à un appel spécifique sur la convergence écologique.

Le municipalisme de Murray Bookchin a été moins invoqué qu’à la première assemblée, à Commercy. On peut en revanche noter un message de soutien de l’AdA au Rojava et au peuple algérien, et le vœu d’une action commune avec les peuples d’Europe. Au-delà des frontières, la solidarité est là !

Chaque atelier était organisé sur le mode classique : rapporteur ou rapporteuse, maître du temps, donneuse ou donneur de parole. Cette organisation a mis en évidence la question de la formation des participants et participantes aux différents rôles. Lors des plénières et autour des ateliers, une équipe de « facilitateurs » – aucune femme parmi eux – avait pour rôle de faire passer la parole et de proposer des outils et des conseils pour que les échanges se passent au mieux. Cela a plutôt marché, bien qu’ils aient été souvent débordés par le nombre d’interventions.

Pendant les ateliers et les plénières, des biais classiques sont apparus : les militantes et militants déjà expérimentés ont tendance à prendre la parole et à faire pression pour que leur point de vue soit retenu en priorité. Ce fut notamment le cas de la question de la sortie du capitalisme, qui à ce stade n’est pas très consensuelle, et qui apparaît pourtant très nettement dans l’appel. De même, en atelier comme en plénière, les prises de paroles masculines ont, comme souvent, excédé largement les prises de parole féminines.

© Yves Monteil/Reporterre

Une représentativité partielle

Les GJ présents à Saint-Nazaire représentaient-ils l’ensemble du mouvement ? Probablement non. Étaient-ils essentiellement des militantes et militants déjà rodés ? La présentation, le vendredi après-midi, des différents ronds-points ou lieux occupés l’a démenti, faisant émerger une grande variété de profils et de situations.

L’AdA a bien sûr permis des échanges d’expériences, l’articulation de rassemblements régionaux – dont l’existence ou la nécessité se sont faits entendre durant ces trois jours – et la prise de conscience d’un enracinement du mouvement. Par ailleurs, un calendrier d’action allant jusqu’à fin août sera proposé à toutes et tous les GJ qui voudront s’en emparer.

Certaines et certains participants ont ressenti une tension entre militant·es expérimenté·es (dont quelques-uns impliqué·es très tôt dans le mouvement) et gilets jaunes ayant moins d’expérience. Cette tension tenait-elle uniquement à une différence dans l’aisance à prendre la parole en public ? Ou à une réelle différence d’objectifs et de vision politique ? Cette question est cruciale. Les mois qui viennent permettront sûrement d’y répondre.

Alexis (AL Fougères) et Béatrice (AL Lorient)

© Yves Monteil/Reporterre
 
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