Grèce : Union sacrée derrière le capital

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Les classes populaires grecques n’en finissent plus de subir les plans d’austérité. Pour aller encore plus loin, l’Union européenne et les classes dirigeantes ont imposé un gouvernement d’union nationale formé par les socialistes, la droite, et un parti fasciste.

Le 31 octobre dernier, le premier ministre socialiste grec Georges Papandréou provoque un coup de tonnerre dans l’Union européenne en annonçant qu’il va organiser un référendum dans le pays. Cette annonce intervient après l’accord du sommet européen de Bruxelles prévoyant un effacement d’une partie de la dette en contrepartie de nouvelles mesures d’austérité et d’une mise sous tutelle de l’économie du pays. Sur le plan intérieur, dans un contexte de très fortes mobilisations sociales, avec une participation historique à la grève de 48 heures des 19 et 20 octobre, il s’agissait de signifier à la population qu’il n’existait pas d’alternative, « vous votez pour le plan ou pour la sortie de l’euro, voire de l’UE ». Aux dirigeants européens, de plus en plus critiques et qui souhaitaient son départ, il envoyait le signal que faire accepter des plans d’austérité à la chaîne n’était pas une tâche si facile. Sarkozy et Merkel décident de le faire chuter, ils ne veulent pas d’un référendum sur un plan d’austérité, qui créerait un précédent au moment où ces politiques s’appliquent dans d’autres pays d’Europe.

Lors du vote de confiance demandé par Georges Papandréou, une quarantaine de députés du Pasok (socialistes) donnent leur accord et exigent sa démission puis la formation d’un gouvernement d’union nationale, ce que la Nouvelle démocratie (droite) accepte après avoir dans un premier temps réclamé des élections.

[*Un coup d’État en Europe*]

Au départ, la droite souhaite un gouvernement uniquement composé de technocrates, puis se plie à la volonté de l’UE d’un exécutif comprenant les deux grands partis et dirigé par un « homme de confiance ». Ce sera Lucas Papademos, ex-directeur de la Banque de Grèce et ancien vice-président de la Banque centrale européenne, l’un des principaux artisans de la politique économique grecque de ces 20 dernières années qui a conduit à la situation actuelle. Le gouvernement est quasi-identique au précédent, avec en plus 6 ministres de droite, et 4 ministres de la formation d’extrême droite Laos : un véritable parti de fascistes néo-libéraux, ayant toujours affirmé être en faveur de la formation d’un gouvernement d’union nationale et ayant toujours voté pour les plans d’austérité. Le ministre des Transports Mark Voridis est un ancien membre d’une organisation de jeunesse de la dictature des colonels puis dirigeant de l’équivalent grec du Front national qu’il a dissout en 2005 pour rejoindre Laos. Sur le plan parlementaire seuls le Parti communiste et Synaspismos (gauche radicale) s’opposent à l’union nationale ce qui permet à Papademos d’affirmer que la coalition au pouvoir est celle des républicains pro-européens contre les communistes.

Cette union sacrée, relayée par les médias, crée dans l’immédiat un climat moins favorable aux mobilisations sociales, après le succès de la dernière grève générale. L’entrée de l’extrême droite au gouvernement a donné lieu à une bonne mobilisation antifasciste initiée par les anarchistes et les anarcho-syndicalistes, des déplacements de deux ministres du Laos ont ainsi été empêchés. Les défilés organisés à l’occasion de la fête nationale du 28 octobre ont été l’occasion de nombreuses manifestations et lors des parades des écoles, de nombreux élèves ont signifiés leur révolte par des doigts d’honneur vers les tribunes officielles. Enfin le mouvement de désobéissance sociale se poursuit avec principalement le refus de payer la nouvelle taxe d’habitation exorbitante et le refus des coupures d’électricité pour impayés (soit par les travailleurs du secteur soutenus par leur syndicat, soit par des comités d’accueil).

Le remboursement de la dette grecque constitue un prétexte sans fin pour saigner toujours plus les classes populaires, alors qu’elle ne sera jamais intégralement remboursée même en supprimant toute rémunération pour les travailleurs. C’est dans ce contexte difficile que nos camarades de l’Initiative anarcho-syndicaliste Roccinante construisent une alternative au sein du monde du travail pour aller vers une grève générale anticapitaliste alors que l’essentiel de la « gauche grecque » est focalisée par les luttes sur le terrain politique.

Clément Garnier (AL Paris sud)

 
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