Grève à PSA : Victoires et amertume

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La grève contre le plan de suppression d’emplois à PSA Aulnay a commencé le 16 janvier 2013 et a pris fin le 21 mai. Loin de Renault et de ses traditions syndicales de luttes, PSA s’est historiquement illustrée par un syndicalisme maison d’extrême droite (aujourd’hui le Syndicat indépendant de l’automobile, SIA), par une répression syndicale forte et par le recours à de nombreux salarié-e-s peu qualifié-e-s, souvent issu-e-s de l’immigration. La gestion du personnel y passait par de fortes discriminations, dans une ambiance raciste.

À PSA Aulnay, il faudra attendre une grève de quarante jours en 1982, pour obtenir le respect de la liberté syndicale, une augmentation de salaires et une amélioration des conditions de travail. PSA supprimait alors plus de 1 600 emplois. Malgré une dure occupation d’usine, plus de la moitié des suppressions ont été réalisées. Pendant plus de vingt ans, les résistances ont été quotidiennes, mais aucun mouvement social d’ampleur jusqu’en 2007, où la CGT et Sud déclenchent une grève de six semaines sur les salaires.

Une grève isolée

Chaque usine de PSA a ses spécificités : Rennes, avec par le passé de nombreux agriculteurs qui venaient travailler pour un salaire d’appoint, ce qui rendait difficile toute construction syndicale ; Aulnay, où le SIA est majoritaire (40 % des voix), laissant la CGT (25 %) et Sud (11 %) derrière ; sur les autres sites où la CGT est majoritaire, pas de mouvements de grève forts.

Or la fermeture de l’usine d’Aulnay s’inscrit dans un système de production mondialisé, impliquant une division internationale du travail. De ce point de vue, le rapport de forces ne peut pas porter que sur une entreprise, et à plus forte raison sur un seul site. Mais la grève n’a touché qu’Aulnay. Si Sud n’était pas en capacité de le faire, la CGT pouvait coordonner un débrayage sur tous les sites en même temps. Ce qui n’a pas été le cas. Les autres syndicats ont adopté un discours beaucoup plus réformiste, voire réactionnaire. Le SIA, Force ouvrière et la Confédération générale des cadres ont justifié le plan de suppression d’emplois sur le fond. Si le syndicat CFDT d’Aulnay, relativement faible, a été dans la lutte, ce n’était pas le cas au niveau de l’entreprise.

Le rapport de forces ne peut pas non plus en rester à un stade défensif. Le syndicalisme de lutte doit intégrer différentes réflexions : celle de la reprise en mains de la production, de sa finalité (et de la reconversion écologique), du lien entre sous-traitants et donneurs d’ordre... Au niveau national, seul Sud-Solidaires a sorti un tract d’analyses et de propositions pour PSA et le secteur automobile, démontrant la volonté d’un syndicalisme de transformation sociale.

Animation de la grève

Ce sont donc la CGT, dont les liens sont forts et revendiqués avec Lutte ouvrière, et Sud qui ont déclenché la grève, malgré des divergences sur les revendications – la première étant davantage sur des mesures de reclassements et de départs « à la hauteur du plan », le second sur une position de refus de toute suppression d’emploi. Les premières semaines ont montré une forte unité entre les deux structures, au sein d’un comité de grève. Cela a permis la multiplication d’actions coups de poing, médiatisées et percutantes. Mais le comité de grève n’a pas joué le rôle qu’aurait dû être le sien, en fournissant un cadre de débat pour les salarié-e-s, en permettant de développer davantage les pratiques autogestionnaires.

Dès le début, la direction a joué la provocation : lock-out total de l’usine pendant plusieurs jours, recours aux vigiles, cadres venus de toute la France pour faire pression, procédure disciplinaire à l’encontre de cinq représentants du personnel... Face à cela, plusieurs points positifs. Un soutien financier important organisé par de nombreuses structures syndicales, et aussi politiques comme les Collectifs AL de Seine-Saint-Denis. Les salaires des grévistes ont pu être couverts en partie, grâce à la solidarité de classe. La CGT a mené une bonne campagne de communication, avec un site internet, des tracts réguliers, des vidéos, qui ont contribué à la popularité de la lutte.

Culminant à plus de 500 grévistes, la mobilisation s’est trouvée face à un paradoxe : minoritaire en nombre, elle a néanmoins permis un blocage total de la production, avec une présence affirmée des grévistes, qui chaque matin faisaient le tour des lignes. C’est à la fois la force et la faiblesse du mouvement, que d’avoir bloqué la production et suscité une forte sympathie, sans jamais réussir à atteindre plus de la moitié des effectifs du site.

Si quelques meetings ont été organisés avec d’autres équipes militantes, il n’y a pas eu de convergence des luttes. Pas même avec les sous-traitants de PSA, qui ont également prévu des suppressions d’emplois. De fait, celle-ci ne se décrète pas, mais suppose l’existence de cadres communs, et donc de revendications qui les fédèrent. Le collectif Licenci’elles, centré sur des revendications réformistes, n’en a pas fournis. Solidaires Industrie porte une campagne pour un droit de veto des comités d’entreprise sur les licenciements [1], encore balbutiante.

Fin provisoire

Finalement, l’unité syndicale s’est brisée sur la question de la stratégie juridique. Les avocats respectifs de la CGT et de Sud, habitués aux caméras, ont voulu définir une stratégie à la place des syndicats, au lieu de se mettre à leur service. Au-delà, il y a bien deux actions juridiques distinctes. Sud conteste le plan de suppression d’emplois en tant que tel tandis que la CGT cible l’insuffisance du plan et des mesures de reclassement. Le comité de grève, à la demande de la CGT, a exigé que Sud se retire de son action.

Souhaitant dénoncer la position de la CGT, qui se dirigeait vers la signature d’un accord de fin de conflit validant la fermeture du site et impliquant l’arrêt de la procédure juridique en échange de primes de départ plus élevées et du non-licenciement des délégué-e-s, Sud a quitté la grève. Alors qu’il aurait pu simplement suspendre sa participation au comité de grève, cette décision laisse un goût amer, même si le travail n’a pas pour autant repris ensuite.

Sans être un échec, la grève ne peut être présentée comme une victoire. La décision attendue de la cour d’appel contre la fermeture du site de PSA Aulnay, si elle est favorable, ne pourra pas remplacer l’action collective. On le voit, la responsabilité des échecs ne peut être imputée à un syndicalisme qui ne servirait à rien, mais bien plutôt à la faiblesse du syndicalisme de lutte chez PSA. Renforcer les organisations syndicales de lutte dans l’entreprise permettra demain de mieux s’opposer aux attaques. Mais ce syndicalisme de lutte devra également se positionner clairement comme un syndicalisme révolutionnaire et de classe, interprofessionnel et internationaliste.

RoberK (AL Montreuil)

[1Voir « Pour un droit de veto des comités d’entreprise », AL n° 229, juin 2013.

 
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