Grève à l’ENS : Canto-Sperber, la surenchère

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Durant des mois, quatorze membres du personnel de l’École normale supérieure ont mené une grève pour leur titularisation, avec l’appui des élèves. Pour briser le mouvement, la directrice a fini par demander l’évacuation des lieux par la police.

Plusieurs membres du personnel de l’École normale supérieure (ENS) de la rue d’Ulm s’étaient mis en grève, le 10 janvier dernier. Leurs revendications portaient sur leur titularisation et l’amélioration de leurs conditions de travail difficiles. Il faut préciser que les quatorze contractuels grévistes, employés en cuisine ou à l’entretien, avaient cumulé un nombre impressionnant de CDD successifs. Le mouvement a été soutenu dès le départ par une partie des étudiants et des étudiantes, ainsi que les syndicats CGT et Sud-étudiant-e-s.

Des huissiers aux CRS

Mais grévistes et étudiants se sont rapidement heurtés à une série d’obstacles, au premier rang desquels figure l’intransigeance et l’obstination quasi maladive de la direction. Monique Canto-Sperber, directrice de l’ENS depuis 2005, n’en est d’ailleurs pas à son coup d’essai : depuis sa nomination, les polémiques se succèdent.

Concernant les quatorze grévistes, la directrice a toujours refusé d’accepter les revendications exprimées. Bien pire : elle a délibérément fait échouer les tentatives de médiation ou les solutions qui se sont profilées. Récemment, des fuites concernant certains courriels échangés au sein de l’administration de l’ENS ont ainsi révélé que Monique Canto-Sperber avait refusé les propositions du secrétaire d’État à la fonction publique, Georges Tron. Celles-ci visaient notamment à accorder quatorze postes de fonctionnaires supplémentaires. Les employés et les étudiant-e-s qui les appuyaient avaient alors cru à un dénouement favorable. Mais la directrice de l’établissement ne l’entendait pas de cette oreille. La création de nouveaux postes, en catégorie C, ne l’intéressait pas... Qui plus est, Monique Canto-Sperber craignait l’effet de contagion. Après les cuisines, la bibliothèque de l’ENS n’allait-elle pas, à son tour, succomber à ce vent de révolte ?

De fait, la direction adopta à l’égard des personnes en grève une attitude résolument hostile : menaces quotidiennes des huissiers, référé au tribunal administratif... Face à la ténacité des contractuels, Monique Canto-Sperber finit par employer les grands moyens. Le 19 avril dernier, la directrice célébra à sa façon le centième jour de grève, en ordonnant l’évacuation des locaux occupés par les grévistes et les élèves, en signe de solidarité. Vers 6 heures du matin, la police pénétrait dans l’établissement, délogeant brutalement les personnes qui s’y trouvaient et occupaient les salons de la direction. Bilan de l’opération : quatorze interpellations dont quatre militants et militantes de Sud-étudiant-e-s.

L’unité perdure malgré tout

En dépit de la répression violente, le mouvement s’est néanmoins poursuivi. Le 22 avril, une assemblée générale réaffirmait les revendications des grévistes : titularisation ou « CDIsation » des membres du personnel, remboursement des jours de grève, abandon des poursuites judiciaires contre les grévistes ou les étudiants, etc.

À la fin du mois d’avril, de nombreuses tensions persistaient et la situation était encore loin d’être dénouée. Les relations entre les grévistes, les élèves et les syndicats ne sont pas toujours simples. Le protocole issu de négociations entre la CGT FERC, le ministère et la direction de l’ENS a été rejeté par l’assemblée générale des grévistes et de leurs soutiens. Malgré tout, ces divisions sont secondaires : au contraire, c’est plutôt l’unité qui prime, face à la direction.

Celle-ci a été d’ailleurs fortement discréditée par les fuites déjà mentionnés. Les mails confidentiels qui ont été rendus publics ont jeté un éclairage nouveau sur les intentions de la directrice de l’ENS. Ils expliquent dans le détail toutes les manœuvres qui ont été entreprises pour mettre un terme à la grève. À l’heure où nous écrivons, la lutte continue.

Pierre (Paris Sud)

 
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