Grippe A : Faux complot et vraie manip’

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La pandémie de grippe est la nouvelle marotte des conspirationnistes qui font circuler diverses rumeurs : le virus H1N1 serait le résultat d’un complot mondial ! Une théorie fumeuse sur la fabrication en laboratoire ou la distribution de vaccins contaminés qui fait l’impasse sur l’essentiel.

Aucun complot n’est nécessaire à l’apparition d’un virus comme le H1N1. La mutation de virus, en particulier de la grippe, est un phénomène connu et naturel. Le virus de la grippe saisonnière lui-même change d’une année sur l’autre.

Le H1N1 est le fruit « naturel » du système de production alimentaire capitaliste. La concentration des animaux dans l’élevage intensif et productiviste favorise et accélère ces transformations. Elles sont amplifiées par un usage inconsidéré, incontrôlé et systématique de traitements vétérinaires lourds, qui sélectionnent les souches virales les plus résistantes.

Instrumentalisation froide

S’il n’y a pas complot, il y a bien instrumentalisation politique et opportuniste de cette pandémie. Le virus n’a pas été créé ou disséminé sciemment dans un but politique précis, mais les dirigeants et les capitalistes savent se saisir des événements à leur profit, même quand ils ne les contrôlent pas ou ne les ont pas déclenchés. Puisque le virus est là, certains n’hésitent pas à en tirer froidement le profit maximum. Les laboratoires pharmaceutiques sont dans leur « rôle capitaliste », en cherchant à faire le plus de bénéfices possibles sur la pandémie, conformément à la croyance libérale que la santé serait un marché comme un autre, dont la qualité serait liée directement aux profits qu’il génère. Ils sont soutenus par les technocrates qui partagent cette superstition libérale.

Toutes et tous des cobayes

Les politiques ont l’habitude de se saisir des situations de crise ou à risque pour « tester » de nouveaux « comportements », tester la « résistance » des citoyens à de nouvelles règles contraignantes. La pandémie H1N1 est l’occasion de préparer une justice d’exception [1]tre la « pandémie grippale » au ministère de la Justice du Syndicat de la magistrature., de voir jusqu’où réduire encore l’offre éducative, d’aggraver la précarité et la flexibilité du travail.

Si on peut faire réellement bosser les gens de chez eux, on peut les faire bosser plus longtemps, presqu’en permanence. Et si les élèves peuvent travailler de chez eux, c’est qu’on peut encore réduire le nombre de profs. D’ailleurs, pourquoi des fermetures de classes et d’établissements scolaires, alors que la plupart des enseignantes et des enseignants ont déjà eu devant eux des classes à moitié vides à cause de la grippe saisonnière ?

S’il n’est pas raisonnable de croire que le virus aurait été créé spécialement pour atteindre ces buts, il est également naïf de croire que les dirigeants ne vont pas profiter de l’occasion pour essayer de les atteindre !

Quel sysyème libertaire pour la santé ?

Les dérives et les dangers des systèmes médicaux capitalistes sont réels. Pour autant, ça ne justifie pas une attitude « anti-médicale » et la condamnation en bloc des démarches de santé existantes. Les délires anti-vaccination sont un classique conspirationniste [2]. On ne peut pas faire abstraction des immenses bénéfices de la vaccination, tout comme d’autres pratiques médicales. L’allongement de l’espérance de vie n’est dû que marginalement au fait que nous vivrions plus vieux, contrairement à ce qu’on cherche à nous faire croire pour justifier le recul de l’âge de la retraite. Non, l’amélioration de l’espérance de vie est due très majoritairement à la chute de la mortalité infantile depuis les années 1950 [3].

On peut bien sûr et légitimement émettre des réserves voire contester le plan de lutte contre la pandémie tel qu’il est géré. Il est inspiré par les entreprises pharmaceutiques, et déformé par les objectifs que les pouvoirs en place se sont fixés pour exploiter au mieux la situation. Le planning, la gestion de la vaccination, les priorités, les mesures de protection telles, que les fermetures, sont autant de points qui relèvent légitimement du débat politique public et donc nous avons vocation à nous saisir.

Laurent Scapin (AL 93)

[1Voir la Lettre ouverte au garde des Sceaux relative au plan de lutte con

[2Entre autres reproches faits aux vaccins : ils propageraient des maladies mortelles ou seraient utilisés pour injecter des puces sous la peau pour nous pister avec des satellites !

[3Divisée par 10, selon l’Insee.

 
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