Guerre de basse intensité au Chiapas : terrorisme d’Etat et paramilitaires

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Dès novembre dernier, un certains nombre d’organisations et associations
européennes qui suivent depuis longtemps l’évolution de la situation au
Chiapas, exprimaient leur préoccupation face à la recrudescence des
violences orchestrées par des groupes paramilitaires contre des
communautés indiennes au Chiapas. L’attaque perpétrée contre la
communauté de Viejo Velasco Suarez, qui a causé 4 morts et plusieurs
disparitions aurait du alerter sur l’urgente nécessité de promouvoir par
le dialogue une solution capable de désamorcer les conflits dont
l’origine principale réside dans une injuste politique d’accès à la
terre. Pourtant, en adoptant une attitude partiale et indulgente à
l’égard des agresseurs, les autorités ont démontré une fois de plus
avoir choisi leur camp.

Depuis lors, les attaques et les menaces d’expulsions concernant parfois
des communautés entières se multiplient. Elles concernent principalement
des zones dans lesquelles, en l’absence de politiques agraires, les
terres ont été occupées par des paysans indiens au moment du soulèvement
zapatiste de 1994.

Durant toute cette période, les gouvernements successifs n’ont eu de
cesse de récupérer ces terres, en grande partie administrées par les
conseils de bon gouvernement qui fonctionnent au sein des communes
autonomes zapatistes. Toutes les stratégies utilisées pour en reprendre
le contrôle, qu’il s’agisse du redécoupage municipal, de la distribution
clientéliste de projets de développement, de la mise en place de
programmes de parcellisation des terres collectives ont eu pour
conséquence d’approfondir la division des communautés. Face à l’échec
des politiques institutionnelles, les autorités ont recours aux groupes
paramilitaires, qui n’hésitent pas à mettre à feu et à sang les zones
qu’ils espèrent pouvoir mettre sous leur coupe. Masquant leur véritable
nature sous divers sigles (MIRA, Chinchulines, OPDDIC, UCIAF, Paz y
Justicia, URCI, etc.) qui leur confèrent le caractère légal
d’organisations oeuvrant au développement communautaire, certains de
ces groupes bénéficient de subventions gouvernementales, de protections
de la part de personnalités politiques dont ils servent les intérêts,
lesquels en échange leur garantissent l’impunité pour tous les méfaits
et crimes commis.

L’activité des groupes paramilitaires qui s’est notablement accrue
depuis l’élection du nouveau gouvernement de l’Etat du Chiapas (qui a
suivi d’un mois les élections présidentielles en juillet dernier) va de
pair avec une augmentation de la présence de l’armée fédérale. Depuis
plusieurs mois, tant les communautés zapatistes que les groupes
d’observateurs présents dans la région ont signalé de nombreuses
incursions militaires, sous prétexte de combattre le narco trafic. Plus
récemment, les dénonciations concernant l’entraînement de groupes
paramilitaires à proximité des casernes par des membres des forces
armées se sont multipliées.

Connue depuis 1998 pour sa collusion avec les forces armées et son
implication dans divers conflits qui ont secoué la région d’Ocosingo et
Altamirano, l’OPDDIC a depuis quelques temps intensifié ses activités
belliqueuses et étendu son rayon d’activités à plusieurs communautés
intégrées aux différentes communes autonomes zapatistes de la région.
Depuis plusieurs semaines celles-ci n’ont cessé de dénoncer les
agressions et les actes d’intimidations de la part des membres de
l’OPDDIC : bétail lâché dans les champs cultivés ; agressions contre des
femmes revenant de chercher du bois de chauffe ; barrages pour empêcher
aux habitants de la communauté l’accès à leur parcelle et irruption
d’hommes armés dans les communautés afin de provoquer la fuite des
habitants...

En écho à l’offensive menée par l’OPDDIC, d’autres organisations
paramilitaires ont repris du service activement. Opérant principalement
dans la zone nord de l’état, l’URCI est une des excroissances issues de
la décomposition du groupe paramilitaire /Paz y Justicia/, dont les
faits d’armes au cours des 12 dernières années ont causé massacres,
assassinats et le déplacement de milliers de personnes qui encore
aujourd’hui n’ont pas toutes pu réintégrer leurs communautés d’origine.

Encouragés par le climat d’impunité que leur laisse supposer le retour
au pouvoir de personnages acquis à leurs méthodes et forts du soutien
actif de l’armée présente sur place, les paramilitaires de la zone nord
font actuellement pression pour obtenir l’amnistie de plusieurs
dirigeants de /Paz y Justicia/ emprisonnés pour avoir été reconnus
responsables de nombreux faits de violence.

Dans un passé récent, les menaces d’expulsion proférées contre les
communautés installées dans ou au bord de la réserve de Montes Azules
avait amené les zapatistes à organiser la réinstallation de plusieurs
communautés plus près des territoires autonomes afin d’assurer leur
protection et d’éviter les affrontements.

Dans cette mesure la menace d’utiliser la force pour expulser les bases
d’appuis zapatistes des terres en conflit, lancé à la mi novembre par
Pedro Chulín Jiménez, dirigeant de l’OPDDIC et député suppléant pour le
PRI de la région d’Ocosingo, constitue un défi à l’EZLN. Cette
provocation ouverte vise en effet à déclencher une situation de violence
qui, rendant obsolète la /loi pour le dialogue, la conciliation et la
paix digne au Chiapas/ adoptée en 1995 et garante d’un fragile cessez le
feu au Chiapas, pourrait inciter le gouvernement à justifier une
intervention de l’armée fédérale à des fins de maintien de l’ordre.

Il apparaît aujourd’hui de plus en plus clairement que les agissements
des groupes paramilitaires s’inscrivent dans la continuité d’une logique
de guerre de basse intensité promue par les représentants de puissants
intérêts politiques et économiques.

Face à ces menaces, l’opinion publique internationale ne peut rester
sans réagir.

Nous dénonçons énergiquement cette logique qui privilégie délibérément
l’affrontement au détriment du dialogue comme solution au conflit et la
répression comme réponse aux aspirations légitimes des communautés à
l’autodétermination. Nous nous mobiliserons pour exprimer notre
solidarité avec les communautés menacées d’expulsion.

Conscients de la lourde implication des autorités mexicaines dans
l’instrumentalisation des groupes paramilitaires, nous les considérons
comme directement responsables des attaques visant à provoquer une
escalade de la violence et des conséquences tragiques qu’entrainerait
une intervention militaire au Chiapas.

CSPCL

 
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