Haïti : Solidarité locale

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Après la catastrophe, les populations s’efforcent de trouver des solutions collectives. Si Port-au-Prince est toujours au bord de la survie, des projets émergent des campagnes qui doivent absorber l’afflux de réfugiés. C’est le cas à Port-à-Piment.

En quelques secondes, les secousses ont mis l’État haïtien à terre. Les organisations religieuses accourent alors que peu de choses émergent de la société civile en mode survie et déjà épuisée par des années de misère et de violence politique. Celles et ceux qui le peuvent fuient le pays. La République dominicaine absorbe ces sans-papiers qui s’ajoutent au million d’Haïtiens exploités depuis de longues années.

Si l’on ne peut critiquer l’arrivée d’une aide massive – et mal organisée – dans ce pays détruit, il faut être lucide sur les enjeux, en terme de leadership international et d’intérêts particuliers pour ce pays si proche de Cuba et aux boats peoples souvent indésirables. Loin des théories irrationnelles sur une nouvelle arme secrète testée par les Américains avant d’être appliquée en Iran, il faut se pencher sur les responsabilités bien réelles des grandes puissances dans cette tragédie, comme sur les dangers très concrets liés à une occupation « humanitaire » – mais bien armée – du territoire.

Au-delà de l’urgence, l’enjeu est la réappropriation de la fameuse « reconstruction » par les Haïtiens et les Haïtiennes. Cet élan collectif émergera peut-être des campagnes, épargnées pour certaines par les secousses mais submergées par l’arrivée de réfugiés. Le flux massif de population vers ces régions très pauvres est un réel défi : à l’inverse de l’exode rural vers les bidonvilles de la capitale, il pourrait devenir, s’il en avait les moyens, une force d’impulsion pour des dynamiques locales porteuses de sens.

Structure communautaire

C’est cette énergie qui anime aujourd’hui la commune de Port-à-Piment, située dans le Sud-ouest de l’île. Pour la plupart paysans et résidant dans des villages sans aucune infrastructure moderne, les 17 000 habitant-e-s de la zone ont déjà accueilli plus de 8 000 déplacé-e-s dans le cadre d’une formidable solidarité dont on ne parle pas assez. Les besoins sont démesurés, et nombreux repartent déjà vers la capitale sinistrée pour soigner leurs blessures infectées ou trouver à manger, alors qu’aucune aide n’est distribuée sur place.

Depuis trois semaines, les réunions s’enchaînent : une structure communautaire est en train d’être créée pour venir en aide aux victimes mais aussi pour envisager des solutions à plus long terme. Alors qu’habitants et réfugiés s’impliquent dans ces rencontres, des comités sont organisés dans chaque village et des représentants sont élus sur des bases de parité homme/femme, vieux/jeunes, personnes ayant fait des études ou non... Un comité central sera chargé de coordonner les différents projets et de rechercher des financements.

Coopérative agricole

Les idées sont nombreuses : elles concernent avant tout la création d’une coopérative agricole mais aussi le secteur de la santé, de l’habitat, de l’artisanat, de l’environnement ou de l’éducation. La priorité actuelle est la distribution de semences permettant de stimuler la production agricole et de garantir pour les mois à venir une sécurité alimentaire. En contact régulier avec des Haïtiens et Haïtiennes mobilisées à Port-à-Piment dans la création de cette structure communautaire, un comité s’active en France pour créer une association d’appui logistique et financier. Face à l’urgence, un appel à soutien est lancé pour donner une première impulsion à ces initiatives locales porteuses d’espoir.

Pauline L.

  • Pour plus d’informations : agir_avec_haiti.over-blog.com
  • Pour soutenir le projet et contacter l’association : agir_avec_haiti@hotmail.fr
 
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