IUT, lycées, universités : Surtout, restons concentrés

Version imprimable de cet article Version imprimable


Le report de la réforme Darcos illustre l’inquiétude du gouvernement face à une mobilisation croissante dans l’Éducation nationale. Les raisons de se mobiliser ne manquent effectivement pas. Reste à leur donner un sens commun.

Il y a d’abord eu la mobilisation dans les IUT contre l’application de la loi relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU) votée un an plus tôt. Cette loi avait provoqué un mouvement dans les facs en automne 2007, puisqu’elle officialisait la gestion croissante par le privé des universités. Pour les IUT, c’est différent. Comme d’habitude ici, ce sont souvent les directions qui ont impulsé la mobilisation. Il s’agit pour elles de défendre l’autonomie de leurs établissements dont les dotations budgétaires vont passer sous la coupe des universités. À la base donc, ce mouvement des IUT correspondait pleinement à la logique de concurrence mise en place dans l’Enseignement supérieur, les directions des IUT défendant leur pré carré contre la perte de leur « partenariat privilégié » avec les entreprises, au profit des universités.

Cependant, à y regarder de près, cette mobilisation traduit aussi le malaise plus général de la jeunesse face à un avenir incertain. En effet la réforme appliquée aux IUT risque de rogner la lisibilité des diplômes en tirant tout le monde vers le bas. Là où un minimum d’auto-organisation a été mis en place, une logique moins corporatiste a prévalu dans les plates-formes revendicatives, comme à Aix ou à Toulouse, où on a demandé le retrait de la LRU mais aussi dénoncé la précarité dans son ensemble. Malgré tout la mobilisation, cantonnée dans un cadre corporatiste et gentillet, bien que massive, n’a pas semblé beaucoup émouvoir le gouvernement.

Objectif bassement comptable

Tel n’est pas le cas du mouvement lycéen. Ils et elles ont été plusieurs milliers à manifester depuis la mi-novembre (jusqu’à 150 000 le 18 décembre !) et de nombreux lycées ont été bloqués, avec des actions coup de poings. L’épicier Darcos, sous le pompeux prétexte de réformer la classe de seconde, réduit en réalité le nombre de semaines et d’heures de cours. Dans quel objectif ? Un objectif bassement comptable d’économie qui se traduit par la suppression de 13 500 postes la rentrée prochaine. De plus, la réforme du bac qui se dessine sous la forme du contrôle continu – avec donc un renforcement des inégalités sociales entre les lycées – renforce la dévalorisation des diplômes. C’est la même logique qui domine quand le gouvernement réforme le bac pro, en trois ans au lieu de quatre, ou quand il « masterise » l’accès au métier d’enseignant à bac + 5 au lieu de bac + 3, en supprimant les concours. Plusieurs réformes, une même logique : casser les diplômes pour casser les droits des salarié-e-s.

Ajoutons à la mobilisation lycéenne, celle dans certains endroits de parents d’élèves qui occupent des écoles, celle des personnels fortement mobilisés lors des journées d’action, et des AG dans les universités avec un peu de monde et vous avez un cocktail des plus explosifs. Pour tenter de désamorcer la situation, Darcos a reporté la réforme, ce qui, pour le coup, n’a pas ému plus que cela les lycéennes et les lycéens qui réclament son abrogation pure et simple.

FIDL et UNL : sociaux-clowns

Mais l’extension de la mobilisation ne masque pas la désorganisation. Ainsi le manque d’auto-organisation et de coordination des lycées permet aux sociaux-clowns de la FIDL et de l’UNL d’apparaître comme les initiateurs de la mobilisation. Sur les universités et dans les syndicats de lutte la tentation est grande de partir dans tous les sens.

Il y a donc urgence à trouver un dénominateur commun à tout cela : une stratégie et des axes de luttes fédérateurs. La journée d’action nationale du 29 janvier et celles qui suivront doivent être l’occasion d’appeler à des assemblées générales, et d’unifier les revendications sur la base du rejet de la casse du service public et de nos diplômes. Et faire émerger l’idée que pour assurer notre avenir, il faut changer de société !

Tristan (AL Toulouse)

 
☰ Accès rapide
Retour en haut