IVG : Un droit (jamais) acquis

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Malgré des avancées cette année pour le droit à l’IVG dans le monde, de nombreuses menaces pèsent encore. La mobilisation pour son accès en France et en solidarité avec les femmes du monde entier doit se poursuivre, notamment le 28 septembre, journée internationale pour le droit à l’avortement.

Cette année a été riche sur la question de l’avortement. Deux pays européens historiquement très restrictifs ont fini par légaliser l’IVG  : l’Irlande et Chypre. Fin mai, un référendum historique en Irlande a abrogé le huitième amendement de la constitution irlandaise, la loi punissant auparavant la pratique de l’avortement de 14 ans de prison. Dans ce pays pourtant très catholique, 66 % de la population (de tous âges et origines sociales) a voté pour le «  oui  », marquant ainsi un recul de l’emprise religieuse sur la société. Au-delà de la légalisation d’une pratique qui poussait les femmes à partir en Grande-Bretagne pour avorter en secret, ce sont des générations et des générations qui ont vu les langues se délier, les tabous se lever.

Deux pas en avant

Si la clause de conscience permet encore aux médecins de refuser de pratiquer l’IVG, il reste à espérer que ce résultat marque un véritable changement des mentalités qui évitera que cette nouvelle légalisation reste lettre morte, comme dans certains pays tels que l’Italie où plus de 80 % des personnels de santé refusent de pratiquer des IVG. À Chypre, une loi, présentée originellement en 2015, a été finalement adoptée, après qu’une femme a été arrêtée pour un avortement en clinique privée, ainsi que le médecin qui l’avait pratiqué. Cet événement avait relancé le débat dans le pays, et abouti à la légalisation sans restriction de l’avortement jusqu’à 12 semaines de grossesse, malgré la pression de l’Église orthodoxe.

En Amérique latine, malgré un mouvement sans précédent, le bloc réactionnaire a retardé l’acquisition de ce droit. En Argentine, si la Chambre des députés a voté pour la légalisation, le Sénat s’y est opposé. Face aux pressions négatives du pape dans le débat, des centaines de personnes sont parties se faire «  débaptiser  » le 18 août à Buenos Aires. Au Chili, l’avortement a été dépénalisé en 2017 pour les cas de viol, risque pour la vie de la mère et non viabilité du fœtus et un projet de loi a été déposé le 21 août pour faire avancer ce droit. Mais l’agression de trois manifestantes, poignardées en marge d’une manifestation pour l’avortement, montre une opposition violente. Le débat a pourtant été ouvert dans toute l’Amérique latine. Au Brésil, malgré des oppositions réactionnaires très vives, la question du droit à l’avortement en dehors des trois clauses précédemment citées a été soulevée, et est en cours de débat à la Cour suprême. Les féministes ne comptent pas en rester là, et la mobilisation est loin de s’essouffler.

Trois pas en arrière

De même, en Pologne, les associations féministes n’ont pas hésité à faire appel à la grève en mars pour protester contre un nouveau projet de loi visant à restreindre encore plus l’accès à l’avortement, et ce sont des milliers de femmes qui sont descendues dans la rue affirmer leur refus de voir reculer encore plus leurs droits.

Dans les pays où l’avortement est légal, l’accès n’est pas pour autant garanti. Dans beaucoup de pays d’Europe, l’avortement reste payant. L’objection de conscience permet aux professionnels de santé de refuser de pratiquer des avortements, et l’information est parfois interdite comme en Allemagne.

Et des entraves nombreuses

Des rendez-vous médicaux obligatoires alourdissent la démarche, voire font sortir de nombreuses femmes des délais légaux, les obligeant à avorter dans des pays où les délais sont plus longs comme la Grande Bretagne, l’Espagne ou les Pays-Bas. Or, l’avortement à l’étranger coûte très cher, entre le prix demandé pour l’opération, le transport, le logement parfois... Les femmes qui le pratiquent, en fonction de leur situation, ne peuvent donc pas toutes accéder à cette solution. En Belgique, depuis 1990, un médecin doit attester d’un état de «  détresse  » de la mère, appréciation subjective fait par un professionnel ne connaissant souvent pas la situation de la personne concernée. Les mineures de moins de 16 ans doivent souvent avoir l’accord de leurs parents pour avorter, niant leur droit de disposer de leur corps. En France, ce sont les politiques d’austérité qui rendent l’accès à l’avortement difficile. Ainsi, selon le mouvement pour le planning familial, ce sont plus d’une centaine de centres IVG qui ont fermé en 10 ans, accentuant encore les inégalités. En effet, les disparités territoriales ne permettent pas un accès à toutes à ce droit dans de bonnes conditions, et renforcent encore le risque de dépassement des délais légaux.

Un danger réel pour toutes

En l’absence de droit à l’avortement reconnu légalement, ou dans certaines situations à l’instar des dépassements trop importants, de nombreuses femmes vont être contraintes à des solutions qui ont souvent des conséquences dramatiques sur leur santé. Ainsi, les avortements clandestins peuvent déboucher sur des hémorragies, des infections lourdes, et laisser des séquelles gynécologiques irréversibles. Les décès ne sont pas rares, notamment pour les femmes les plus précarisées, et/ou n’ayant pas accès à des soins médicaux de qualité pour les suites de l’interruption. Ce sont ainsi 80 000 femmes qui mourraient chaque année suite à un avortement clandestin, pour autant qu’il soit réellement possible de quantifier une pratique cachée. Sans compter le stigmate social que peut représenter l’avortement pour certaines d’entre elles, mises au ban par leur entourage si cela s’apprend. Ces éléments, s’ils sont connus, n’empêchent pas les réactionnaires de continuer à revendiquer l’interdiction de l’avortement. Ainsi, les mouvements «  prolife  » envahissent l’espace public afin de faire passer leurs idées, en comparant l’avortement à un crime, ou en jouant sur la culpabilisation des femmes concernées et de leurs proches. En France, ces groupes ont ainsi pu réaliser une campagne d’affichage en 2017, sous le nom «  d’En Marche pour la vie  », ou encore créer un site internet présenté comme un espace d’information et de soutien par rapport à l’avortement afin de faire passer leurs idées, notamment auprès des femmes directement concernées venues chercher conseil. Le droit à l’avortement, s’il peut sembler acquis pour certain.es, n’en reste pas moins une lutte à mener au quotidien.

C’est pour cela que nous devons nous mobiliser en France et partout dans le monde  : rassemblement le 28 septembre à Paris pour la journée internationale pour le droit à l’avortement ; caravane des femmes le 9 septembre à Bruxelles  ; et tout au long de l’année pour défendre nos droits en France, en Europe, et dans le monde entier.

ElisA (AL Saint-Denis), Flo (AL Lorient)

 
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