Immigration : Pétain-Sarkozy, un rapprochement déplacé ?

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Les procédés utilisés par le ministre de l’Intérieur dans sa lutte contre les immigré-e-s sans-papiers rappellent immanquablement ceux des années noires de l’Occupation. Rafles au faciès, arrestation d’enfants dans les écoles, rendez-vous pièges en préfecture se multiplient de façon alarmante. Face à l’ignominie, la résistance s’est organisée et tente aujourd’hui de prendre un nouveau souffle.

Il est clair que les différences sont grandes entre ces deux périodes de l’histoire et il est inutile de préciser la cruauté des nazis pour en attester. Mais les similitudes sont cependant tout à fait notables dans le comportement des autorités françaises, de l’administration préfectorale jusqu’au bas de la hiérarchie policière.

Déjà à l’époque, le racisme latent a été le meilleur allié du silence. Tous les hommes politiques, comme une large fraction de la population, s’accordaient sur le fait que la trop grande quantité d’étrangers sur le sol français constituait un “ problème ” auquel il fallait apporter des “ solutions ” (et particulièrement pour la “ question juive ”), les oppositions ne portant que sur la méthode. Nos dirigeants aujourd’hui reprennent les thèses de l’extrême droite de la même façon. Les récents discours de Nicolas Sarkozy le montrent qui demande que soit mis “ un terme aux abus de l’aide sociale versée aux ressortissants étrangers ”, qui exige “ la suppression du RMI versé à des chômeurs européens venus chercher un emploi en France ”. Comme au début des années 1940, la distillation de la préférence nationale de façon subreptice dans les lois est le meilleur moyen d’appliquer par la suite une politique ouvertement xénophobe.

Un parallèle indécent ?

Sous l’occupation, l’expulsion des étrangers était aussi le moyen le plus sûr d’éradiquer le problème : les motifs d’internement en camp étaient très souvent “ en surnombre dans l’économie nationale ” comme le montrent les documents d’archive. Si le sort des expulsés est incomparable, le parallèle prend tout son sens par le fait que l’administration exécute telle une froide machine les ordres sans se soucier des situations individuelles ni du sort réservé aux expulsés. Cette même administration n’a-t-elle pas prétendu après-coup qu’elle ne connaissait pas le sort des juifs livrés aux nazis ? Mais cette ignorance est bien un choix : elles ne voulaient aucunement en êtres informées.

Ainsi, l’indifférence est la même aujourd’hui quand sont renvoyés des individus ou des familles dans des pays qu’ils ont fuis, parfois pour sauver leur vie. Les exemples ne manquent pas, ainsi la famille Raba, qui avait fui le Kosovo en 2001 victime de persécutions graves, et qui a été expulsée le 6 Décembre après que la mère a été blessée, bâillonnée et que toute la famille a été ballottée entre Lyon, Toulouse et Paris pour rouler les militants. Dès lors, la chasse à l’homme est lancée. Les méthodes pour satisfaire les chiffres imposés par le ministère poussent à répéter les bonnes vieilles méthodes (voir article en page 11).

La résistance persiste

Face à cette politique, la résistance s’impose. Mais là encore, la répression des militants est la même que sous Vichy. D’abord, ils ont la loi avec eux et ensuite, ils trient entre les bons immigrés qu’on pourra peut-être garder et les mauvais, qui sont indéfendables comme on triait entre les Juifs français et les Juifs étrangers.

Pas la peine d’insister sur la stérilité des élections en ce domaine quand on voit comment, les scrutins se succédant, la situation des étrangers en France se détériore. C’est toujours au prix d’un calvaire pour les individus et d’un travail sans relâche pour les soutiens que certains sont libérés, voire régularisés. Kémal Omérovic est bosniaque, père de quatre enfant, qui a fui son pays après des agressions racistes. Après avoir passé trente-deux jours en rétention – ces prisons dont on ne dit pas le nom –, après y avoir passé Noël et le Nouvel an, il a finalement été libéré car n’ayant pas de laissez-passer.

Il semble que le réseau Éducation sans frontières (RESF) maintient la pression. En effet, les nombreux comités locaux permettent une vigilance de chaque instant. Par exemple dans le XVIIIe arrondissement de Paris, où est organisée une journée “ école morte ” le 2 février, ou encore à Aubervilliers où une grève a éclaté au Lycée Jean-Pierre Timbaud pour obtenir la régularisation d’une mère d’élève menacée d’expulsion.

Si les attaques contre les immigrés ne cessent pas en cette période où Sarkozy “ braconne sur les battues de Le Pen ” comme le dit le RESF (le délai de recours contre un refus de séjour vient de passer de deux à un mois), les militants persévèrent, et ce n’est pas la période électorale qui fait tant baver les médias qui freinera quoi que ce soit.

Manu (AL Paris-Nord/Est)

 
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