Industries pétrolières : En grève pour nous-mêmes et pour la population

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Grâce aux ordonnances Macron, la direction de Total se frotte déjà les mains à l’idée de supprimer les CHSCT, qui défendent la sécurité et la santé non seulement des salarié.es, mais du voisinage. Le 23 novembre, tous les sites pétroliers étaient appelés à débrayer.

Comme ailleurs, appeler à la grève dans l’industrie pétrolière, c’est toujours un pari. Les collègues vont-ils et elles marcher ? Ou se décourager ? On a parfois de belles surprises : en 2016, contre la loi Travail, rien ne laisser présager l’ampleur du mouvement, avec des blocages de plus de trois semaines parfois. Cette année encore, cinq dépôts pétroliers sur sept se sont mis en grève – fait inédit. C’était certes pour obtenir des négociations internes, mais c’est un bon début !

Le 23 novembre, la Fédération nationale des industries chimiques (Fnic) de la CGT appelait à une grève nationale pour défendre, malgré les ordonnances Macron, la primauté de la convention collective sur les accords d’entreprise. Une façon d’améliorer le rapport de forces, même si l’on sait que, comme pour les routiers (voir article ci-dessus), une victoire sur ce sujet ne peut qu’être provisoire.

L’enjeu de la convention collective, c’est le maintien des salaires, des dispositions de départ anticipé pour les travailleuses et les travailleurs postés, des prérogatives des comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT)… Autant de garanties mises à mal aujourd’hui par les ordonnances autoritaires de Macron.

Risque d’accidents industriels

Le gouvernement et l’Union française des industries du pétrole (Ufip), la branche pétrolière du Medef – dont sont membres les filiales hexagonales de Total, Esso, Butagaz, BP, Shell, LyondellBasell…. – refusent à ce jour de répondre aux sollicitations de la CGT, qui réclame que soit préservé le contenu de la convention collective du pétrole. Au contraire, les dirigeantes et les dirigeants de Total annoncent déjà la disparition des CHSCT pour 2018, grâce à la loi Travail XXL qui permet la fusion des instances représentatives du personnel en un unique organisme croupion – le comité sociale et économique (CSE). Cela pourrait coûter très cher à la collectivité. En effet, jusqu’à présent, les prérogatives du CHSCT permettent, entre autres, de contraindre les employeurs à garantir la santé et la sécurité des employés, mais aussi des populations environnantes. En cassant les CHSCT, on augmente donc le risque d’accidents industriels – souvenez-vous de la catastrophe chimique d’AZF, près de Toulouse, en 2001.

En ce qui concerne les salaires, eux aussi encadrés par la convention collective, les ordonnances réduisent le droit des salarié.es pour soi-disant baisser le coût du travail… Rappelons que ce qui « coûte » véritablement cher dans l’industrie, c’est le capital, avec des dividendes versés aux actionnaires qui représentent parfois jusqu’à 80 % des bénéfices !

À l’heure où nous écrivons ces lignes, le mouvement était bien suivi dans le Midi, avec 50 % à 100 % de grévistes sur les sites pétrochimiques. À Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), on dénombrait ainsi 60 % de grévistes sur la raffinerie Esso, et 100 % sur celle de LyondellBasell. La banlieue parisienne a également bien marché, avec par exemple 60 % de grévistes à la raffinerie Total de Grandpuits (Seine-et-Marne), emblématique du mouvement de 2010. Là où la grève était trop faible, des actions de blocage ont stoppé la circulation des produits.

Laurent (AL Auvergne), le 23/11/2017

 
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