Irlande : Un diktat à l’européenne

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Le 28 novembre, le gouvernement irlandais a signé un accord avec la Banque centrale européenne (BCE), la Commission européenne et le FMI en échange d’une aide de 85 milliards d’euros sur quatre ans. But  : imposer à l’Irlande un plan de rigueur et éviter que les banques ne perdent de l’argent.

La cause immédiate de la crise irlandaise n’est pas une crise de la dette souveraine – l’État pouvait couvrir ses dépenses jusqu’en juin 2011 – mais l’incapacité des banques irlandaises à se financer sur les marchés monétaires internationaux.

Le mois précédant cette capitulation, la BCE était la seule institution prêtant encore aux banques irlandaises, pour un montant de 130 milliards d’euros. L’accord de novembre était notamment motivé par la volonté de la BCE d’arrêter de prêter à 1 % à ces banques. En effet, les 85 milliards de l’accord seront prêtés à un taux d’au moins 5,7 %, ce qui permettra aux créanciers européens de l’Irlande de faire un profit conséquent sur son dos.

Les pertes des banques irlandaises sont stupéfiantes en comparaison du PIB du pays, et l’on peut se demander d’où sort tout cet argent. La réponse est qu’il est venu de l’étranger, notamment de banques anglaises et allemandes. Le montant investi par les banques étrangères en Irlande, même après le désinvestissement des deux dernières années, est de 524 milliards d’euros.

Socialisation des pertes

Cet argent a été prêté par des banques privées étrangères à des banques privées irlandaises, afin de réaliser des profits privés. Dans un tel cadre, le risque est en principe supporté par le prêteur. Or, l’origine de la crise financière est la stratégie du gouvernement, en septembre 2008, de garantir l’ensemble des dettes des banques irlandaises, donc d’en faire assumer le risque aux contribuables travailleuses et travailleurs irlandais.

L’accord n’est pas seulement un insupportable transfert de richesses d’Irlande vers les banques des économies dominantes, mais la négation même de la démocratie, y compris dans sa version bourgeoise. Bien que l’actuel gouvernement soit voué à être remplacé par des élections l’année prochaine, le nouveau gouvernement sera lié par le même accord. Celui-ci stipule également que les réserves nationales restantes, dont le fonds de pension des travailleurs du secteur public, doit être donné immédiatement pour recapitaliser les banques. Ainsi, le prochain gouvernement sera intégralement dépendant de l’accord pour son financement.

De plus, l’accord établit un programme quadriennal de «  réformes structurelles  » incluant la privatisation de l’eau (jusqu’ici publique et gratuite en Irlande) et la vente des compagnies de gaz et d’électricité à des acheteurs étrangers. Bien d’autres mesures, dont la baisse du salaire minimum, sont imposées par le plan.

Les prévisions économiques du plan sont fondées sur l’hypothèse d’une croissance de 2,8 % pendant les années 2011-2013, ce qui est fantaisiste. Le plan actuel est donc simplement une rustine dans l’attente qu’une solution soit trouvée à la crise de la dette dans l’UE. Son objectif réel principal est donc la liquidation des réserves nationales et l’assujettissement de la gouvernance économique aux pays dominants au sein de l’UE.

Résister à la dictature financière

La prochaine année verra sans doute le Portugal et la Grèce rejoindre l’Irlande en position de débiteur de la BCE. Tous trois représentant moins de 2 % de la population et du PIB de la zone euro, cela peut sans doute marcher pendant un temps. Mais si l’Espagne et l’Italie sont aussi amenées à demander une aide financière, le modèle actuel d’union européenne monétaire – mais pas fiscale ou politique – plongera dans une profonde crise existentielle.

Ce n’est pas aux travailleurs européens de résoudre une crise due à la constitution capitaliste de l’Europe. Cependant c’est notre rôle de résister à la dictature financière imposée par la BCE et les marchés internationaux et à la création d’une Europe à deux vitesses avec une périphérie dirigée par un centre selon un nouveau modèle colonial. Mais dans la bataille à venir, nous pouvons aussi voir la possibilité pour les travailleuses et travailleurs européens de se rejoindre dans une lutte commune contre le projet d’une Europe des patrons.

Paul (Workers Solidarity Movement)

 
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