féminisme

Irlande : les anarchistes en campagne pour le « oui » au référendum sur l’IVG

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Le 25 mai, l’Irlande est face à un choix historique, avec le référendum pour l’abrogation du 8e amendement de la Constitution, qui prohibe l’avortement. L’organisation anarchiste Workers Solidarity Movement (WSM) a pris une part très active à la campagne pour le oui, avec l’ensemble des organisations féministes et progressistes, face à la coalition patriarcale, religieuse et réactionnaire, tenante de l’ordre moral.

La question du droit des femmes à disposer de leur corps est une question fondamentale. En Irlande, ce combat a façonné plusieurs générations militantes. Le WSM, organisation-sœur d’AL en Irlande, est d’ailleurs né de cette lutte, en 1984.

  • Traduction Grégoire (AL Orléans), Robin (AL Nantes), Marius (AL Toulouse), Guillaume (AL Montreuil)

« Abrogation du 8e amendement » : le Workers Solidarity Movement en manifestation pour le droit à l’IVG.

Workers Solidariy Movement

8 RAISONS DE VOTER OUI
À L’ABROGATION
DE CE MAUDIT 8e AMENDEMENT

Le 25 mai, nous allons enfin pouvoir voter l’abrogation du 8e amendement de la Constitution irlandaise. Huit raisons pour lesquelles il faut le faire.

Les membres du Workers Solidarity Movement voteront oui à l’abrogation car :

  1. La décision de poursuivre ou non une grossesse appartient uniquement à la personne enceinte. Cette décision n’appartient pas à ceux qui étaient et sont toujours contre l’égalité d’accès au mariage, contre la contraception, contre l’éducation sexuelle, contre le divorce et contre l’enseignement laïc.
  2. Pour certaines personnes, voyager en Angleterre pour avorter est impossible à cause des lois migratoires, de relations conjugales violentes ou de la pauvreté.
  3. En Irlande, les femmes enceintes qui souhaitent avorter doivent prendre illégalement des pilules abortives. Elles le font dans la crainte que ces pilules soient interceptées par la Poste, et avec le risque de poursuites judiciaires leur faisant encourir 14 ans de prison.
  4. Le référendum pose également la question de l’Irlande que nous voulons. Les tenants du non veulent le retour à une Irlande du passé où la place des femmes était à la maison, pour assurer la reproduction de la famille. D’où l’interdiction également du divorce, de la contraception, du travail pour les femmes mariées, etc.
  5. Aucune femme ne devrait avoir à endurer la mort d’un fœtus en elle dans l’ignorance de ce qu’il ressent, sans savoir si tel mouvement était normal ou s’il s’agissait de ses derniers soubresauts (témoignage d’une femme dont le fœtus souffrait de malformations fatales).
  6. Peu d’entre nous avions l’âge de voter au précédent référendum, en 1983. Aujourd’hui, nous pouvons enfin le faire, pour nous débarrasser de quelque chose qui a pourri la vie de tant de femmes, en repoussant ou en niant les soins médicaux auxquelles elles auraient pu prétendre.
  7. Les anti-choix sont des brutes qui fraternisent avec l’extrême droite. Ils nous ont poursuivi en justice dans les années 1980 pour avoir informé sur l’IVG, nous ont molestés en 1992 pour nous être exprimé·e·s en faveur du choix. Nous les avons regardés menacer, mentir et agresser des gens pendant plus de quatre décennies.
  8. La position soi-disant morale des « pro-vie » est hypocrite. Ils veulent forcer les femmes à rester enceintes, envers et contre tout. Ces gens-là ne s’intéressent pas à la vie. Ils n’aident pas les personnes souffrant d’une grossesse non désirée. Ils n’offrent que sentence, honte et oppression.

Ensemble, changeons l’Irlande le 25 mai en votant oui au référendum.


NOTRE ENGAGEMENT POUR L’ABROGATION

L’abrogation a dominé notre activité depuis le mois de mars, et chaque militante et militant du WSM y a été impliqué à son niveau. La plupart d’entre nous avons choisi d’investir directement la coalition Together for Yes (T4Y, Ensemble pour le oui), c’est pourquoi il n’y a pas eu de matériel propre à WSM, comme des affiches par exemple, et que nous n’avons pas organisé nos propres meetings. Tout cela, ainsi que la participation aux tâches d’organisation, ont été faits dans le cadre de T4Y, l’éventail des activités allant de l’animation de groupes locaux à la confection de matériel pour tracter et faire du porte-à-porte. Vous trouverez ci-dessous un bilan de ce travail.

Il n’est d’ailleurs pas trop tard pour s’impliquer. Lors de la campagne Marriage Equality (pour l’égalité d’accès au mariage) l’investissement militant le plus massif s’est fait dans les derniers jours. Celles et ceux qui sont investi.es depuis longtemps dans T4Y seront ravi.es de voir de nouveaux visages. A moins de 14 jours de l’échéance, le dernier week-end a pu voir d’énormes équipes militantes descendre dans les rues, dont beaucoup pour qui c’était la première fois, et on espère qu’elles continueront de s’élargir jusqu’à la veille du vote.

A Belfast, en mars

L’expression spécifique de WSM s’est limitée à notre média en ligne. Nous l’avons développé jusqu’à obtenir une base assez colossale de 100.000 abonné.es à travers nos diverses plateformes de réseaux sociaux. Nous avons utilisé cette vaste audience pour répercuter le message de T4Y. Cela nous a également permis d’écrire des choses que T4Y, en tant que coalition large, pouvait difficilement exprimer, par exemple que le référendum était dû à une révolte antisystème, contraignant les politiciens à s’y résoudre.

Notre campagne en ligne a débuté le 7 mars, à la veille de la Journée internationale pour les droits des femmes. Entre cette date et le 9 mai, nos tweets ont été repris 1,7 million de fois. Nous avons probablement au moins triplé ce chiffre, via les retweets dans la mouvance de T4Y ou via le relais d’autres groupes de campagne, dont Termination For Medical Reasons (Avortement pour raisons médicales), Amnesty, MERJ (Migrants et minorités ethniques pour la justice dans la procréation), etc.

Notre tweet le plus populaire, le 20 mars, a atteint 60.000 personnes. Il dénonçait les campagnes publicitaires officieuses en pleine expansion sur la Toile. Les exemples qu’il fournissait ont été repris par les journalistes du Times, de C4 News et d’autres publications, dont les articles ont conduit Facebook et Google à interdire la publicité en ligne sur le referendum.

Le 2e tweet le plus populaire, le 11 mars, prouvait que 9.000 personnes seulement avaient participé au « Rally 4 Life », et non pas 100.000 comme les organisateurs le prétendaient. Ce tweet a atteint 51.000 personnes et a été important pour faire entendre que les affirmations du camp du non ne pouvaient pas être prises pour argent comptant, comme le faisaient la plupart des médias.

A Kilkenny, en mars

Nos deux pages Facebook ont ​​été mises à profit pour publier des articles spécifiques sur le référendum, dont certains sont maintenant archivés ici sur notre site Web. Solidarity Times a récolté 46.000 engagements le mois dernier (c’est-à-dire un like, un partage ou un commentaire), atteignant 72.000 personnes en Irlande. Notre page WSM a récolté 65.000 engagements au cours du mois dernier. Nous avons également produit une couverture photo et des vidéos, dont certaines reprises de la campagne du oui, y compris une excellente version de When I’m Gone de Phil Och, par Shiftwork.

À propos de WSM : Nous sommes une organisation anarchiste fondée en 1984 par des gens qui avaient fait campagne contre le 8e amendement. Nous avons, depuis, été impliqués dans des luttes prochoix, dans le cadre plus général de la solidarité avec les luttes et de l’action organisée pour une société anarchiste.


Article original : « 8 reasons we are voting Yes to Repeal the hated 8th », le 10 mai 2018, sur https://wsm.ie

 
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