K-Listo : « Les attaquer sur le terrain, dans la rue »

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Après deux street albums (Chroniques sur l’asphalte en 2009 et Prédictions en 2010), et des apparitions sur bon nombre de projets (L’Anti-Dette, Traces de Lutte, La mémoire du sous-terrain…), K- Listo, rappeur engagé de Thionville (Moselle) nous parle de lui et de sa démarche.

Alternative libertaire : Pourquoi le rap ?

K- Listo : Depuis une douzaine d’années que je rappe, c’est toujours aussi difficile d’expliquer pourquoi. Ça fait partie de moi. J’ai besoin de me retrouver face à une feuille de papier et de gratter ce qui me passe par la tête. J’ai aussi ce besoin de me retrouver sur la scène, quelle que soit l’ambiance, un micro et un public avec lequel je voyage à travers mes musiques.

Quels projets avec Soledad ton nouveau groupe ?

K-Listo : D’abord, Soledad, c’est deux autres MC en plus de moi  : Hatim et Saphy. Tous deux de bons amis. Depuis septembre on passe énormément de temps à écrire et à enregistrer ensemble. Une première mixtape va voir le jour bientôt, on préparera ensuite un EP d’une dizaine de titres pour le courant de l’année 2011. Depuis que je travaille avec le groupe, je me suis énormément remis en question, et je trouve énormément de défauts à Prédictions (paru en juin 2010). Je veux prendre le temps pour mûrir mon premier album autour d’un projet bien plus carré. Je veux que l’évolution par rapport aux trois derniers projets que j’ai réalisés soit visible. Donc pour l’album solo ça prendra un peu plus de temps, la patience sera récompensée  !

Tu dis t’être remis en question. Quels changements opèrerais-tu par rapport à Prédictions ?

K-Listo : Pour mon futur album solo, je compte faire un gros travail sur la forme. Je ne veux pas proposer une pâle copie de ce que j’ai déjà fait  : ça va demander du temps et de la réflexion. Le fond, les idées sont là mais il faut que je trouve maintenant une meilleure cohésion entre musique et message. On est artiste avant tout, donc je vais entreprendre une démarche plus artistique, plus musicale, une plume plus incisive, une diction plus soignée. Bref, moins brouillon que mes précédents projets.

Dans le morceau « Anda o sueña » (Prédictions), tu affirmes  : «  J’suis pas de ces connards, d’ceux qui virent de bord, j’parle de ceux qui s’mettent à idolâtrer l’porc  ». Une mise au point te semblait nécessaire, par rapport à Dieudonné notamment  ?

K-Listo : En effet cette phrase-là est bien une mise au clair de mes idées par rapport à d’autres, comme le rappeur Rockin’Squat (je vais en faire jaser je sais) ou de certains et certaines qui s’essaient maladroitement en politique. C’est une façon de dire que je ne me reconnais pas parmi ces gens-là, que je l’assume pleinement et qu’en plus de cela je les affronte directement. Leurs discours sont puants, populistes, manipulateurs ou s’inspirent de personnalités ou d’idées que j’ai toujours combattues. On aimerait nous faire oublier que le FN abrite dans ses rangs bon nombre de racistes en tout genre, des cathos intégristes, des nostalgiques de la France de Vichy ou de l’Algérie française. Le gouvernement participe activement à la «  démocratisation  » du racisme actuel, ça devient si banal que les discours d’extrême-droite ne dérangent plus, et ces sujets-là rassemblent en temps de crise, c’est ça le côté flippant de l’histoire, elle se répète trop vite...

Quels sont les thèmes qui te tiennent à cœur et comment se traduit ton engagement  ?

K-Listo : Si mes textes sont engagés c’est parce qu’ils reflètent ma vie au quotidien. Je n’ai pas de thèmes particuliers, il y a tant de sujets à aborder, je ne veux pas m’enfermer. La musique est un moyen de m’élever et de m’émanciper le plus possible, le but c’est de se sentir plus libre  ! C’est pourquoi je rappe et je milite aussi, c’est quelque chose d’important pour moi. Je ne conçois pas le fait de rapper contre le capitalisme, le fascisme, les mentalités réactionnaires sans les attaquer sur le terrain, c’est-à-dire la rue. Je n’appartiens à aucune organisation mais je soutiens de près et me retrouve souvent aux côtés de militants libertaires. Mes quelques lectures, et l’expérience surtout, m’ont conduit à rejoindre ces mouvements.

Ton titre Antifa t’as valu d’être «  wanted  » sur des sites comme Novopress, as-tu eu des problèmes sérieux avec cette histoire ?

K-Listo : Non seulement j’ai été «  wanted  » sur des sites d’extrême droite, mais j’ai aussi reçu quotidiennement des menaces sur Youtube. Au dernier concert, à Nancy, il y a eu apparemment une tentative d’intrusion d’une petite dizaine d’écervelés pendant que je rappais avec mon groupe. Ils ont été mis à mal comme il se doit  ! Ils sont là pour foutre la merde, ils font partie de ces «  idiots utiles  » dont la police a besoin pour pouvoir mettre son grain de sel dans un concert militant... Quoiqu’il en soit je n’ai jamais craint pour ma gueule, si c’est ça la question.

Qu’est ce qui te parle aujourd’hui dans la scène actuelle  ?

K-Listo : Le rap actuel et commercialisé s’est imbibé de la société dans laquelle il vit, je ne vais pas revenir là-dessus. Si sur le terrain je lutte, sur le papier mes idées transparaissent de façon assez évidente. Le rap underground est superbement divers, encore faut-il y trouver son compte et j’en écoute vraiment très peu. Néanmoins il y a des artistes que je respecte comme VII de Bordeaux (tout un personnage), il y a le futur album solo de Rocca en français que j’attends particulièrement. De manière plus générale, quand j’écoute du rap français c’est sur les sites internet comme www.bboykonsian.com d’Akye. En ce moment je tripe plus sur du bon rap US et du rap espagnol.

Propos recueillis par Nicolas (AL Alsace)

 
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