Kanaky : mouvements sociaux et politiques

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Comme en France et dans bien des endroits, les militant(e)s syndicaux et politiques kanaks sont en butte à une répression féroce : licenciements, violences policières... tout est mis en œuvre pour faire taire la révolte qui gronde dans l’île.

Il est très difficile d’obtenir des renseignements concernant les mouvements sociaux ou l’évolution politique en Kanaky. Cependant, il est possible d’obtenir des informations par des services officiels à Paris. Cette absence de contacts réguliers avec les mouvements sociaux, et plus particulièrement syndicaux, reste toutefois regrettable.

Les Nouvelles Calédoniennes du 2 mai 2006 ont consacré une page aux manifestations du 1er mai, qui ont rassemblé 1500 personnes à Nouméa et 400 à Kone (province nord), pour montrer que le syndicat USTKE (Union syndicale des travailleurs kanaks et des exploités) est bien implanté sur tout le “caillou” et que les revendications sont les mêmes : le respect et la protection de l’environnement, l’emploi local et le pouvoir d’achat, qui a été au cœur d’une grande marche syndicale, rassemblant 12000 personnes dans les rues de Nouméa, à l’appel de l’Union des syndicats ouvriers et employés de Nouvelle-Calédonie (USOENC), de FO et de la Fédération de fonctionnaires. Face à ce dernier mouvement, le gouvernement local a présenté quelques propositions, dont on peut souligner l’insuffisance alors que les syndicats revendiquent l’augmentation du Smig (salaire minimal interprofessionnel garanti), la suppression du Smag (salaire minimal agricole garanti), la revalorisation des grilles indiciaires et des régimes d’indemnités du secteur public, la généralisation des allocations familiales, la taxe sur les sorties de capitaux et la suppression des droits de douane sur les produits de première nécessité.

Répression à tous les étages

Cette grande marche et cette journée du 1er mai ne doivent pas occulter les nombreuses luttes, et répressions antisyndicales diverses de la part des patrons et du Medef. Deux militants, élus au Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) de la société Le Nickel, de la Confédération des syndicats de travailleurs de Nouvelle-Calédonie (CSTNC), ont été licenciés pour avoir barré l’accès d’un plancher réputé dangereux, insuffisamment sécurisé. La CSTNC ayant saisi le tribunal administratif, ce dernier ne pourra que suivre l’avis du commissaire du gouvernement, contre ces licenciements.

On relève également dans la presse locale ce titre fort parlant : « RFO pris en otage ». L’USTKE a en effet dénoncé le licenciement de Rock Haocas, technicien supérieur, coupable aux yeux de l’employeur d’être à l’origine d’une grève qui a bloqué le station durant trois mois et accusé de coups à l’encontre d’un caméraman filmant un piquet de grève. L’USTKE conteste ce dernier fait, les incidents s’étant déroulés hors de l’entreprise.

Les médias locaux utilisent la même phraséologie que ceux de l’Hexagone quand ils affirment qu’à cause de la CSTNC, qui bloque la Caisse d’allocations familiales et d’accidents du travail (Cafat), le paiement des retraites serait retardé. En réalité, les grévistes réclament le paiement d’une prime de 20000 francs CFP (monnaie locale). Sylvain Néa, qui est à la tête de la CSTNC, a comparu en avril devant le tribunal correctionnel pour délit d’entrave à la liberté de circulation en récidive. La justice en Kanaky est une justice colonialiste, qui n’a pas rompu avec les méthodes du passé, et Néa risque trois mois de prison ferme.

Il est donc bien visible qu’en Kanaky la liberté de manifester est très différente de celle qui existe en France. En effet, poursuivrait-on Bernard Thibault, de la CGT, Chérèque, de la CFDT, ou d’autres encore pour entrave à la liberté de circulation ? Cela, évidemment, malgré les atteintes aux libertés de plus en plus nombreuses dans l’Hexagone, démontre que les patrons en Kanaky influencent à la fois le pouvoir politique mais peut-être aussi le pouvoir judiciaire.

Un autre exemple : AFP Nouméa, 14 juin 2006. « Le syndicat USTKE a déclenché une grève générale dans le cadre du conflit que mène le syndicat au port de Nouméa contre l’arrivée de deux compagnies maritimes. » Simultanément, des perturbations dans le trafic des bus à Nouméa et dans l’agglomération ont été signalées, ainsi que dans la compagnie aérienne Air Cal, et RFO était bloquée. La réaction des autorités locales a été brutale, puisque les “forces de l’ordre” sont intervenues, ont fait évacuer de force le port... avec l’appui d’un escadron de gendarmes mobiles. Une quinzaine de syndicalistes ont été interpellés et poursuivis pour participation à un attroupement avec armes.

Syndicats en grand danger

Dernièrement, une loi de pays (propre à la Nouvelle-Calédonie)a été votée, elle risque de remettre en cause la représentativité syndicale : seront représentatifs les syndicats ayant obtenu plus de 5% lors d’élections professionnelles. Un parti de droite a tenté en vain de saisir le Conseil constitutionnel, non pas pour défendre la représentativité syndicale, on s’en doute, mais parce que cette loi mettait en danger le syndicat des cadres, qui n’avait aucune chance de dépasser les 5%. Cette loi pourrait être le début d’une remise en cause de l’existence de syndicats ouvriers.

Sur le plan politique, des représentants du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) doivent se rendre prochainement à Paris pour rencontrer des parlementaires afin de défendre le projet de loi constitutionnelle visant à geler le corps électoral en Kanaky, pour éviter, précisément, que des électeurs /trices occasionnel(le)s, de passage, dénaturent les résultats sortis des urnes dès lors qu’il s’agit d’élections liées aux accords de Nouméa de 1998.

Le peuple kanak, ainsi que les peuples encore colonisés du Pacifique sud (comme la Polynésie) mènent des luttes sur les plans politique et syndical. Mais ces luttes de libération rencontrent de nombreux obstacles : l’impérialisme français, le capitalisme... mais aussi peut-être un manque de soutien de la part d’autres peuples vivant sur le même sol (Calédoniens, Français expatriés, Viêtnamiens, Indonésiens, Polynésiens expatriés, etc.) La luttes du peuple kanak est la leur, pour une réelle révolution sociale et libertaire.

Ngoc

 
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