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Kanaky : Référendum d’autodétermination, une chance ou un piège ?

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Les habitantes et habitants de Kanaky votent le 4 novembre pour ou contre l’indépendance. Pour des raisons démographiques, les Kanak étant minoritaires dans leur propre pays, le « oui » n’a que très peu de chances de l’emporter. Que faire de ce référendum, dans ces conditions ?

À la suite des Accords de Matignon de 1988, signés par Jean-Marie Tjibaou pour le FLNKS (dans une position d’extrême faiblesse à la suite de l’assaut d’Ouvéa), Jacques Lafleur pour le RPCR («  loyaliste  ») et Michel Rocard pour le gouvernement français, suivis de ceux de Nouméa de 1998 signés par le FLNKS, le Rassemblement pour la Calédonie dans la République (RPCR) et les représentants du gouvernement français sur place, la date butoir du référendum d’autodétermination arrive avec 2018. Le Comité des signataires en a choisi la date, le 4 novembre, et la question posée lors de sa dernière venue à Paris en mars  : « Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ? »

Son résultat est quasi connu d’avance, il sera négatif pour la revendication du peuple kanak, étant donné :

  • la répartition démographique des différentes populations présentes sur le Territoire, au sein desquelles les Kanak ne représentent aujourd’hui, avec plus de 100.000 personnes (ce qui est en soi une « victoire » par rapport à la population tombée à quelques 20.000 individus dans les années 1920), que près de 40% de la population totale ;
  • du corps électoral spécial qui permet à des individus justifiant d’un domicile continu sur le Territoire depuis 1994 de voter (et les arrivées ont continué nombreuses après les accords de Matignon) ;
  • que ce même corps électoral spécial est entaché de nombreuses failles (milliers de Kanak soit disant «  introuvables  » et non inscrits, nombreux jeunes Kanak non inscrits et abstentionnistes, inscriptions frauduleuses dans des municipalités majoritairement «  loyalistes  »…)
  • et qu’il n’est pas organisé par une institution internationale comme l’Onu, mais par la puissance coloniale elle-même avec seulement le contrôle d’experts onusiens.


Certes, les accords prévoient que deux autres référendums d’autodétermination, en 2020 et 2022, puissent être organisés ; mais si le dernier était encore négatif, le corps électoral bloqué disparaîtrait et le dernier « métro » nouvellement nommé sur place pourrait voter suivant le droit commun français, et c’en serait fini de toute possibilité d’indépendance par la voie électorale.

Heureusement, la Constitution française ne comporte pas un article semblable au 155 de la Constitution espagnole (qui a enlevé toute autonomie à la Catalogne). L’autonomie actuelle de la Nouvelle-Calédonie serait maintenue, et elle est importante (elle correspond d’ailleurs à celle qui est revendiquée aujourd’hui par les Corses de l’ex-FLNC !).

Dans ce contexte, le peuple kanak est divisé sur l’attitude à avoir  : les organisations signataires des Accords sont quasi obligées d’en accepter les règles du jeu tout en en prévoyant le résultat, et en cherchant des pistes pour que l’échec ne se reproduise pas trois fois ; tandis que d’autres courants préféreraient le boycotter d’entrée.

Mais comme l’a bien résumé, lors de la convention du FLNKS les 28 et 29 avril, Daniel Goa, actuel porte-parole du Front  : « Un peuple qui perd uni est un peuple qui a été rendu minoritaire chez lui par la colonisation de peuplement. Si le peuple perd parce qu’il est divisé, quelle crédibilité garde-t-il pour la suite de son combat ? »

Alors souhaitons au peuple kanak une position unitaire commune, quelle que soit celle qui émergera du consensus dans la tradition de sa culture, tout en rappelant les dernières paroles de Jean-Marie Tjibaou peu avant de mourir  : « Le sang des morts demeure vivant. »

Quoiqu’il arrive le 4 novembre, la revendication demeure  !

Daniel Guerrier, Ami d’AL (Pyrénées-Orientales),
ancien coprésident de l’Association Information et soutien aux droits du peuple kanak (AISDPK)

Photo : graffiti en hommage à Éloi Machoro, anticolonialiste assassiné en 1985.

 
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