La Poste : Virus gréviste contre les sous-effectifs

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La conflictualité est en hausse à la Poste, avec une succession de ­grèves localisées, très suivies, et souvent victorieuses. Mais qui ne se transforment pas encore en un mouvement d’ensemble capable de ­faire plier la direction.

Depuis plusieurs semaines, la Poste fourmille de conflits locaux : Carhaix (29), Guadeloupe, Piton-Saint-Leu (La Réunion), Saint-Herblain (44), Rennes, Tarascon (13)… Les facteurs et factrices font grève pour dire stop aux sous-effectifs et à l’augmentation de leur charge de travail.

La Poste, arguant de la baisse du trafic lettres, a supprimé, depuis des années, des dizaines de milliers de postes. Or, si cette baisse de trafic est réelle, celui des recommandés, lettres suivies et colis – notamment provenant d’Asie – a, lui, littéralement explosé. Si l’on rajoute les prospectus dans la charge de travail, et la suppression de tournées, la coupe est pleine. Les agentes te les agents ne peuvent plus rendre un service public de qualité dans le temps imparti. La Poste bouche les trous avec des précaires : intérimaires, CDD, contrats aidés sont légion.

64 jours de grève à Ris-Orangis

Du côté des bureaux de poste, la situation est catastrophique : la direction annonce des réductions d’horaires et des fermetures partout sur le territoire. À Ris-Orangis (91), les guichetiers et guichetières ont fait, fin 2017, 64 (!) jours de grève contre la suppression de 4 emplois et la réduction drastique des horaires. Ce début d’année est dans la continuité, avec son lot d’annonces de fermetures : en Bretagne (Saint-Brieuc dont 3 bureaux doivent fermer, Le Palais, Vannes), en Lorraine (Liverdun), dans le Loiret (Fleury-les-Aubrais), en Côte-d’Or (Pourrain), dans les Hauts-de-Seine (7 bureaux concernés). La population locale, heureusement, ne laisse pas faire. Appuyé.es par les élu.es, en lien avec les syn­dicats (le plus souvent SUD et CGT), les usagères et usagers pétitionnent, se rassemblent devant les bureaux menacés, donnent des réunions publiques.

Se battre, ça paie – nombre de conflits locaux se soldent par des victoires –, mais l’addition des conflits locaux ne suffit pas à faire reculer la Poste sur sa stratégie globale. Celle-ci s’est fixée des objectifs ambitieux en termes de chiffre d’affaires à l’horizon 2020. Or les résultats ne sont pas au rendez-vous et les « leviers de croissance » (diversification des services, achats de filiales) tant vantés par les dirigeants sont avant tout des prétextes pour restructurer. La « conquête » se faisant donc attendre, la Poste fait pression, encore et toujours, sur ses salarié.es. Sans se soucier le moins du monde de leur santé et de la qualité du service.

Face à cela, travailleuses et travailleurs, usagères et usagers ont tout intérêt à grouper leurs forces imposer dans le débat politique la question de l’avenir du service public postal et stopper cette spirale infernale de démolition dont le seul but est de gonfler la rentabilité !

Lise Backer (AL Saint-Denis)

 
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