La Ronde des Fraîcheurs : La lutte, c’est pas du gâteau

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La Ronde des Fraîcheurs, entreprise du groupe Intermarché basée à Estillac (Lot-et-Garonne), produit des pâtisseries industrielles. Du 9 mai au 12 juin, une grève de la majorité du personnel de production a touché cette entreprise, déclenchée par la remise en cause du 13e mois et d’une prime d’ancienneté.

La grève avec blocage qui a touché l’entreprise La Ronde des Fraîcheurs en mai et juin est sans doute une préfiguration de ce qui pourrait se passer dans beaucoup d’entreprises : la nouvelle loi dite « de sécurisation de l’emploi » issue de l’Accord national interprofessionel ouvre la porte à de multiples baisses de salaires. Les capitalistes vont s’y engouffrer pour augmenter encore leurs profits.

Côté patronal, cette grève n’a pas été prise à la légère. Face au blocus de l’usine, la direction a créé un « collectif de non-grévistes » qui parait-il comprenait « trente à quarante employés, à la production ou dans les bureaux, indique l’un de ses membres qui ne veut cependant pas donner son nom » [1]. Elle a maintenu la production pendant la grève, alors même que le blocage empêchait la livraison et que les pâtisseries partaient immédiatement à la décharge. La CGT estime que le coût de la grève se chiffre à près d’un million d’euros alors que celui des revendications des salariés se chiffre à 60 000 euros par an. Cela démontre que l’enjeu premier était de faire plier les salarié-e-s, quel qu’en soit le prix … jusqu’à un certain point bien sûr.

Blocus dés le premier jour

Lors d’une précédente grève, en 2011, la direction refusa de négocier... jusqu’à ce que les grévistes décident de bloquer l’entreprise, empêchant les camions de livrer les pâtisseries à destination des magasins Intermarché. Cette fois, le blocus a été installé dès le premier jour, 24 heures sur 24 par rotation. Le 15 mai, des négociations s’ouvraient. Pour montrer leur bonne volonté, les grévistes ont accepté alors de lever le blocus. Résultat : « les négociations, entamées hier soir à 19 heures, ont tourné court […]. La direction reste figée sur le point zéro. Elle ne nous propose que la reprise du travail dans les conditions actuelles », racontait le 15 mai Abib Gargat, délégué du personnel CGT. Le blocus reprit.

Le 28 mai, la direction assigna les grévistes au tribunal pour obtenir une levée du blocus. Lors de l’audience, les grévistes, par la voix de leur avocat, rappelèrent que ce n’était pas par plaisir qu’ils campaient depuis vingt jours, dans le froid et sous la pluie devant l’usine et réclamaient que soit nommé un médiateur judiciaire. Le 30 mai, le tribunal prononça la levée du blocus assortie d’une « astreinte de 1 000 euros par infraction constatée et par salarié à partir de la notification du jugement », mais sans nomination d’un médiateur. L’assemblée générale des grévistes décida alors de lever le blocus… et d’envahir les bureaux de la direction. Ce qui fut fait le lendemain matin. Puis ils organisèrent une montée à Paris pour manifester devant le siège du groupe et y distribuer des tracts aux passants et passantes et aux salarié-e-s.

Le conflit continue sous d’autres formes

La cinquième semaine de grève s’est ouverte sur une nouvelle situation : le blocus levé, mais la production arrêtée suite à la suspension des contrats par les clients de l’entreprise. Des négociations se sont ouvertes avec la DRH du groupe Intermarché. Au final, le 12 juin celle-ci acceptait un protocole de fin de grève reprenant l’essentiel des revendications des salarié-e-s, protocole validé ensuite par l’assemblée générale des grévistes. Le travail a donc repris le lendemain, mais tout n’est pas terminé pour autant. Les procédures engagées par la CGT se poursuivent auprès du tribunal de grande instance, à la suite de la découverte par les salarié-e-s de caméras de surveillance illégales cachées dans des détecteurs de mouvements de l’usine.

Jacques Dubart (AL Agen)

[1Sud-Ouest du 14 mai.

 
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