Le Dico anti- capitaliste : Qu’est-ce que “ le droit à la ville ” ?

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Chaque mois, un mot ou une expression passée au crible, par Anne Arden.

Aujourd’hui, on entend de plus en plus parler du « droit à la ville » dans les projets d’urbanisme comme d’un droit d’accès à la ville, au centre-ville, notamment pour ceux et celles qui en ont été évincés par le processus de gentrification (une forme d’embourgeoisement qui touche les quartiers populaires à travers la transformation de l’espace urbain). Dans la novlangue actuelle, le droit à la ville serait avant tout un droit à la mobilité (géographique), conçu comme la clé de la mobilité sociale.

En réalité, le droit à la ville, tel qu’il a été conçu par Henri Lefebvre dans un ouvrage publié quelques mois avant Mai 1968, est un droit collectif qui répond à un besoin social : le droit de produire la ville dans l’intérêt de tous et toutes. Il s’oppose directement au mode de production capitaliste de la ville dans lequel ce sont les propriétaires, les spéculateurs immobiliers et, parfois, l’État (ou ses avatars locaux), qui décident de l’usage du sol, du type de bâti et de qui y a accès. C’est notamment ce mode de production de la ville qui est responsable de l’insuffisance chronique de logements abordables et de qualité pour les classes populaires, qu’on appelle parfois improprement « crise du logement ».

En effet, dans un système dans lequel le logement est une marchandise et un capital avant d’être un droit fondamental, le manque de logements pour celles et ceux qui ne peuvent pas se les payer n’est pas un accident, mais une composante structurelle.

Contre cette logique capitaliste de production de la ville, qui conduit à la concentration croissante des richesses et des populations dans certaines grandes villes, à la ségrégation de l’espace urbain et à l’exclusion d’une partie de la population, le droit à la ville est un droit de décider ensemble comment on produit la ville, pour quel usage et quelle société.

Ce droit passe par une remise en cause de la propriété privée au profit d’un droit d’usage géré collectivement (qui est mis en avant notamment par celles et ceux qui squattent les logements laissés vacants par leur propriétaire). Finalement, le droit à la ville n’est pas autre chose que l’autogestion de la ville par ses habitantes et ses habitants, qui fait pendant à l’autogestion de la production. Ce qui est en jeu dans ce droit, selon David Harvey, l’un des principaux penseurs de la géographie radicale nord-américaine, c’est la promotion d’une nouvelle organisation sociale pour mettre en place une nouvelle organisation de la ville (voir Le Capitalisme contre le droit à la ville, Éditions Amsterdam, 2011).

 
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