Point de vue

Le RIC, vu par un communiste libertaire suisse

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Depuis qu’une partie des gilets jaunes se passionne pour le référendum d’initiative citoyenne (RIC), il a beaucoup été fait référence à l’exemple suisse. Quelques précisions et réflexions.

Parce que le RIC est le cheval de bataille d’Étienne Chouard, un confusionniste notoire, beaucoup de révolutionnaires ont tendance à ne voir dans ce slogan qu’un « cheval de Troie » de l’extrême droite. Et prennent en exemple la Suisse, où la droite nationaliste s’est depuis une vingtaine d’années emparée de l’outil référendaire pour se placer au centre du débat public.

Cela m’inspire deux réactions. D’abord : attention à ne pas donner l’impression que les libertaires diabolisent le référendum, ce serait incompréhensible pour le grand public. Ensuite : le RIC tel que proposé par bon nombre de gilets jaunes est bien plus démocratique que les mécanismes helvétiques. Il permettrait en effet à 500 000 pétitionnaires (1 % du corps électoral, contre 1,5 à 2 % en Suisse) d’enclencher un référendum afin de : 1. révoquer des personnes élues ; 2. proposer une loi ; 3. abroger une loi ; 4. modifier la Constitution. Seules les possibilités 3 et 4 existent en Suisse au niveau national. Les 1 et 2 n’existent que dans certains cantons, un niveau où les mécanismes démocratiques sont plus anciens et plus étendus qu’au niveau national.

Le RIC constituerait donc, en théorie, un pouvoir concédé aux citoyens et aux citoyennes. Dans la réalité, l’exemple suisse montre qu’au niveau national c’est surtout un pouvoir donné aux associations, aux syndicats et aux partis politiques qui ont les moyens de se servir de l’outil référendaire. Ce qu’il faut garder à l’esprit, c’est que la Suisse est marquée par l’absence de syndicats de lutte au niveau national et par la quasi inexistence de la gauche radicale.

La situation serait très différente en France. Par exemple, avec la surface dont ils disposent, des syndicats comme la CGT, Solidaires, FO, etc. pourraient à eux seuls convoquer un référendum contre n’importe quelle loi votée à l’Assemblée nationale, sur la hausse du Smic ou la baisse du temps de travail.

Extension des droits populaires

Certes, dans un référendum, même des gens non concernés par la question peuvent voter, ce qui fausse le résultat. Mais le salariat est numériquement si massif que cela avantage plutôt le mouvement syndical. Celui ci dispose d’une base adhérente qui lui permettrait de récolter facilement des signatures, processus très coûteux sans cela. En Suisse par exemple, la récolte de 100 000 signatures est généralement confiée à des entreprises spécialisées, pour un coût de près de 400 000 euros. Le Rassemblement national, Debout la France ou les divers groupes identitaires en seraient difficilement capables.

Je dis tout ceci pour ramener les choses à leurs justes proportions. Car, pour le reste, tout anticapitaliste sensé sait qu’il y a une incompatibilité radicale entre le capitalisme et la démocratie directe, puisque par définition ce système place un aspect essentiel de la vie sociale – l’économie – hors démocratie, au nom de la loi du marché et de la propriété privée.

Cependant, être des révolutionnaires luttant pour l’abolition du salariat n’empêche pas de défendre la hausse du Smic. De même, que lutter pour une société réellement démocratique car débarrassée du capitalisme ne devrait pas nous empêcher de revendiquer une extension des droits populaires, même dans le cadre de la démocratie bourgeoise. Les revendications économiques ne sont pas à opposer aux revendications démocratiques, on peut porter les deux à la fois.

Guillaume (Paris nord-est)

 
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