Les IUFM en danger

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Les instituts universitaires de formation des maîtres existent dans toutes les académies et dans tous les départements. Ils préparent les étudiant(e)s aux concours de l’éducation et sont chargés de la formation des instits et des enseignant(e)s du secondaire.

Ils font actuellement l’objet de fortes attaques de la droite par le biais des réductions de postes à tous les concours de recrutement. Mais ils sont également durement combattus par les souverainistes de l’UMP (Dupont-Aignan) qui souhaitent remettre en cause leur existence même. Ces derniers les jugent non seulement coûteux et inutiles mais nuisibles car ne correspondant pas à leur conception républicaine et autoritaire de l’école.

Le club Debout la République dirigé par Nicolas Dupont-Aignan (ex-devilliériste rallié en 2002 à l’UMP) et ses amis s’efforce de fédérer tous les souverainistes, chevènementistes compris, pour obtenir la mise à mort des IUFM. C’est le sens de leur offensive actuelle (colloque récemment organisé à l’Assemblée nationale, audience en juin chez Fillon).

Si les IUFM ne sont pas exempts de toute critique - les enseignant(e)s-stagiaires leur reprochent à juste titre leur caractère parfois trop théorique au détriment du soutien pédagogique -, ils constituent néanmoins un acquis qu’il s’agit d’améliorer et de transformer mais certainement pas d’abolir.

Jeux de massacres sur les enseignements

Dans les IUFM de Paris et de Versailles on a noté en cette fin d’année un taux impressionnant et inhabituel d’échecs et de redoublements chez les enseignant(e)s-stagiaires ayant obtenu le CAPES l’année précédente : jusqu’à 30 % en espagnol et autant en arts plastiques et en musique.

Un taux multiplié par deux par rapport à l’an dernier.

Pourtant la plupart des stagiaires collé(e)s avaient obtenu les mentions « suffisant » ou « satisfaisant » lors de leurs deux évaluations/inspections.

En fait le gouvernement a estimé qu’il avait recruté « trop » de professeur(e)s certifié(e)s en 2003 (il y avait pourtant 1 500 postes de moins aux CAPES qu’en 2002) et qu’un certain nombre de matières devenant optionnelles dans le cadre de la contre-réforme de la troisième, il convenait de tailler davantage dans les effectifs.

Comme il ne pouvait pas restreindre en cours d’année le nombre de postes mis au concours dans ces matières, il a donné des instructions aux inspecteurs d’académies pour faire redoubler et licencier un maximum d’enseignant(e)s certifié(e)s.

La droite s’y est prise différemment selon les académies.

Ainsi à Clermont-Ferrand, des enseignant(e) d’espagnol titulaires et exerçant depuis des années se sont vu proposer de démissionner de l’éducation nationale pour aller travailler dans le privé ou se sont vu conseiller une réorientation dans l’enseignement primaire. Idem à Toulouse en espagnol et en éducation physique.

Par ailleurs, dans le même registre, le gouvernement a décidé la suppression de 53 CAPES en 2005 parmi lesquels ceux de créole (discipline créée il y a seulement 4 ans !), corse, catalan, occitan, breton, tahitien, arabe, russe, hébreu, portugais, néerlandais, notamment.

Et la lutte dans tout cela ?

Ayant eu la tête dans le guidon toute l’année, les enseignant(e)s berné(e)s et trahi(e)s desdits IUFM n’ont commencé à réagir qu’en fin d’année scolaire.

En espagnol à Paris, tou(te)s les stagiaires titularisé(e)s ont envoyé avec les reçu(e)-collé(e)s une lettre de protestation à Fillon et à la hiérarchie de l’académie et l’IUFM de Paris.

SUD Éducation Paris et FO ont été les premiers à réagir et à défendre les enseignant(e)s saqué(e)s

Le SNES, saisi à plusieurs reprises par les enseignant(e)s-stagiaires, n’a à peu près rien fait pour leur venir en aide, ne souhaitant pas s’engager dans une affaire où certain(e)s de ses adhérent(e)s (formateurs/trices et inspecteurs/trices) sont gravement mis en cause pour leurs abus de pouvoir.

À Versailles, ce sont SUD, la CFDT et le SNES qui ont bataillé avec les enseignant(e)s-stagiaires.

En Seine-Saint-Denis, SUD a soutenu un mouvement de protestation des élèves instits dont 72 (contre une trentaine l’an dernier) sur 700 n’ont pas eu leur année validée et dont une partie a fait l’objet de licenciements.

On recense des faits similaires dans d’autres académies.

À Paris, la mobilisation n’a pas été vaine, elle a notamment permis d’éviter quelques licenciements en musique et en espagnol. Suite à la lettre de protestation des enseignant(e)s d’espagnol, la formation en IUFM a été en partie revue conformément à leurs revendications.

En cette rentrée 2004-2005, la priorité est à l’auto-organisation des enseignant(e)s-stagiaires et à leur coordination. Une idée qui commence à faire son chemin à l’IUFM de Paris et que d’autres seraient bien inspirés de reprendre. L. E.

 
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