Livre : Huet, « Les Quais de la colère »

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Philippe Huet est l’auteur d’une série de trois romans historiques sur des luttes ouvrières dans la ville portuaire du Havre. Chacun des trois romans évoque une période et une lutte bien précise, pouvant ainsi être lu séparément. Néanmoins, les romans se suivent et font appel au passé, des personnages se retrouvent d’un roman à l’autre, ajoutant de l’intérêt au triptyque. Découvrons ce mois-ci le premier d’entre eux.

Les Quais de la colère, sorti en 2006, relate la tragique (et non moins réelle  !) histoire du syndicaliste Jules Durand. Philippe Huet nous plonge avec succès dans le Havre de 1910. Le port, les quais, l’ambiance des bistrots et des quartiers populaires, tout y est décrit avec minutie et le lecteur est rapidement embarqué. Parmi les milliers de travailleurs qui font vivre le port, les charbonniers constituent le corps le plus exploité, le plus misérable et surtout le plus méprisé. Et même de la part de la CGT, qui ne voit dans ces travailleurs journaliers qu’une horde de bagarreurs alcooliques incapable de s’organiser et de lutter collectivement. Jules Durand, syndicaliste et anarchiste, relève le défi de reprendre en main le syndicat des charbonniers et de préparer méthodiquement le prochain affrontement contre le patronat. Ces patrons, ce sont de grandes familles bourgeoises de négociants que l’on retrouvera tout au long de la trilogie.

Sentant le danger monter avec l’organisation des charbonniers, les maîtres du charbon n’ont plus qu’une idée en tête  : arrêter par tous les moyens le syndicaliste anarchiste qui les organise.

S’en suit une affaire judiciaire qui prendra une ampleur nationale, certains parleront de «  l’affaire Dreyfus du pauvre  ». Un bel hommage au méconnu Jules Durand, dont l’histoire terrible va marquer pendant des décennies le mouvement ouvrier havrais. Une histoire qui montre bien, comme d’autres, jusqu’où les capitalistes sont prêts à aller lorsqu’il s’agit de défendre leurs intérêts. Et la facilité avec laquelle ils jouent avec la légalité. Un ouvrage captivant et intéressant pour la mémoire du mouvement ouvrier français. Et qui donnera sans aucun doute envie de lire les autres romans de Huet.

Benjamin (AL Nantes )

  • Philippe Huet, Les Quais de la colère, Le livre de poche, 439 pages, 8,99 euros.
 
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