Les classiques de la subversion : Herbert Marcuse : L’homme unidimensionnel

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Herbert Marcuse, philosophe de l’école de Francfort, s’engage à plusieurs reprises : dans le mouvement spartakiste, et dans les mouvements politiques américains des années soixantes et soixantes dix. Il s’appuie sur Marx et Freud pour décrypter la société de consommation.

L’Homme unidimensionnel paraît en 1964, dans le contexte de la guerre froide. La menace nucléaire fait partie des préoccupations. Pour l’auteur, « la société technologique est à la fois société de bien-être et société de guerre ». La technique, en principe outil de libération du temps et de l’esprit, est en réalité utilisée comme moyen d’augmenter la productivité, est donc un instrument d’asservissement. Marcuse stigmatise la fausse tolérance, pendant de la liberté d’expression apparemment valorisée, qui donne en fait l’avantage à la pensée commune. Celle-ci a pour base le principe du rendement. Toutes les valeurs découlent de la nécessité de produire et vendre marchandises et services en quantités toujours plus importantes. Le but reste le profit. Les mentalités sont imprégnées de cet impératif. Les médias introduisent l’idéologie consumériste dans la vie privée. La satisfaction obtenue par le divertissement empêche la prise de conscience et la lutte. C’est un obstacle pour prendre du recul et se dégager du fonctionnement social. La culture devient simple refuge.

Le système de « mobilisation totale » ainsi mis en place est d’une efficacité redoutable pour obtenir l’assentiment de la majorité. C’est ici que se révèle le caractère unidimensionnel : le fonctionnement social et sa critique semblent se confondre. La mise à nu du caractère faussement rationnel de la société, l’activité contestataire sont éradiquées ou inopérantes.

Marcuse recherche ce qui peut encore être source de révolte et de moyens d’agir sur l’évolution sociale. Il s’agit de « mettre en question le fondement matériel de la domination... La vérité historique est relative ; la rationalité du possible dépend de la rationalité du présent... si le capitalisme était mis en cause par le communisme, il le serait à partir de ses propres réalisations ». Ce faisant, « le développement quantitatif devient un changement qualitatif s’il met en cause la structure même d’un système établi... Une nouvelle orientation du progrès technique constituerait une catastrophe pour l’orientation actuelle ».

Le texte est précurseur par son analyse des mécanismes de défense toujours renouvelés du capitalisme : modelage des mentalités, anesthésie par la culture, prolétarisation du travail intellectuel. Il reste d’actualité car il contient la prémonition de la difficulté croissante à créer des mobilisations larges et efficaces.

Patrick (AL Montpellier)

Herbert Marcuse, L’homme unidimensionnel, Editions de Minuit, 1968, 16 euros.

 
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