Les classiques de la subversion : David Harvey : « Géographie de la domination »

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Cet ouvrage, publié en 2008, propose la première traduction française de David Harvey, figure centrale de la géographie radicale anglo-saxonne. L’ambition des travaux de ce théoricien ne vise rien de moins qu’à « spatialiser le marxisme et à marxiser la géographie », selon les propres termes de la préface. En effet, dans le cadre de leur analyse du capitalisme, Marx et ses continuateurs se sont essentiellement concentrés sur son développement historique .

Le capitalisme, qui n’en est plus à une contradiction près, repose sur un jeu de bascule géographique intenable  : cherchant à résorber les surplus intrinsèques à sa logique, le capital doit circuler toujours plus rapidement et dans des contrées toujours plus lointaines pour trouver un « spatial fix » (un remède spatial).

Pour cela, il tend à « annihiler l’espace par le temps » grâce au développement des technologies de communication. Or, pour s’extraire de l’espace, le capital a besoin d’infrastructures sociales et physiques ancrées dans des espaces déterminés, ce qui nécessite des investissements lourds et à long terme, alors que le temps de circulation du capital est bien plus rapide.

Autrement dit, la viabilité des infrastructures locales est menacée par la mobilité qu’elles visent pourtant à faciliter, tant et si bien que les contradictions du capitalisme s’expriment dans la formation et la destruction incessante de territoires. Cette instabilité géographique est illustrée par la multitude de régions anciennement industrielles en crise.

En réponse à cette instabilité chronique, pour « fixer » le capital », les pouvoirs publics locaux alliés aux classes dominantes cherchent à créer des rentes de monopole, basées par définition sur l’unicité et la singularité, en tentant de s’approprier la culture, caractérisée également par sa non reproductibilité. Par exemple, la mise en avant du «  terroir  » ou d’un certain «  art de vivre » participent de cette stratégie.

Et c’est ici que David Harvey débusque une dernière contradiction, porteuse de tensions équivoques : dans leur volonté de s’appuyer sur la culture locale afin d’assurer leurs profits, les agents du capitalisme créent les conditions d’un climat politique anti-mondialisation. Pouvant verser dans le repli identitaire comme dans la réappropriation locale autonome et solidaire, cet attachement au local doit être un point d’ancrage pour une activité militante qui saura faire basculer cette dynamique du côté progressiste. Dans cette perspective, la lecture de David Harvey s’avère plus que nécessaire pour l’approfondissement et la précision de notre stratégie révolutionnaire de transformation sociale.

Julien (AL Alsace)

David W Harvey, Géographie de la domination, Paris, les Prairies ordinaires, 2008, 118 p. 12,20 euros.

 
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