Licenciements : La brève autogestion de Philips Dreux

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Pendant dix jours, une usine menacée de fermeture a relancé les chaînes de montage sans patrons ni cadres, pour montrer la détermination du collectif ouvrier. Certains pensent déjà à une reprise du site en coopérative. Une action limitée, mais qui ne demande qu’à être reproduite.

Le 6 janvier, à l’usine Philips de Dreux, menacée de fermeture, l’assemblée générale des salarié-e-s (150 personnes), sur proposition d’une section CGT lutte de classe [1], a voté le redémarrage des chaînes de montage « sous contrôle ouvrier ».

Que s’est-il passé ? Après avoir annoncé en octobre la délocalisation en Hongrie, la direction fournissait de moins en moins de travail aux salarié-e-s. Et depuis quelques jours, il n’y avait même plus de pièces détachées, les chaînes de montage étaient à l’arrêt, les ouvriers les bras ballants, sans même être mis officiellement au chômage technique.

Après décision de relancer la production sous contrôle ouvrier, les techniciens ont donc simplement, comme si de rien n’était, passé les commandes de pièces détachées aux fournisseurs habituels, qui les ont livrées sans se poser de question. Le coup n’aurait pas été rééditable, mais plusieurs centaines de téléviseurs ont ainsi pu être assemblés, conditionnés et stockés dans un local. Petite vengeance : des tracts et appels à la solidarité ont été glissés dans les cartons, ce qui obligera en fait la direction à défaire tous les cartons et à reconditionner chaque téléviseur.

La démarche était donc surtout symbolique. La réquisition autogestionnaire d’une entreprise menacée de fermeture n’est envisageable que dans certains cas, notamment si les biens qu’elle produit se prêtent à la « vente militante ». Les montres Lip étaient ainsi, dans les années 1970, vendues dans toute la France sur des stands solidaires pour soutenir la lutte… mais personne n’imaginait qu’il serait possible d’en faire autant avec des téléviseurs.

Malgré son caractère limité, la « brève autogestion » de Philips-Dreux reste un événement. C’est une méthode à intégrer plus systématiquement à la palette des actions possibles, car elle porte en elle les germes anticapitalistes de la socialisation des moyens de production et de l’autogestion de demain, bien davantage que ne le fait le slogan d’« interdiction des licenciements ».

FO sabote

L’opération a duré ce qu’elle pouvait durer : le 12 janvier, la direction a fait venir des huissiers et des vigiles pour reprendre le contrôle de la production. Le 15 janvier, l’AG des grévistes décidait la suspension du contrôle ouvrier. Entre-temps, le secrétaire de l’union locale FO – un trotsko-républicain du POI – avait commencé à dénigrer la CGT et les « gauchistes » qui entraînaient les travailleurs dans l’illégalité, l’aventurisme, etc. Cette trahison n’a pas peu compté dans la décision de l’AG de suspendre la production autogérée le 15 janvier.

Rien n’est perdu cependant. « L’Inspection du travail mène l’enquête, explique Manuel Georget, de la CGT, et Philips n’a aucun élément sérieux qui justifierait une fermeture. Le bref contrôle ouvrier, lui, a permis de donner confiance aux salarié-e-s. La reprise en main de l’entreprise – soit nationalisée sous contrôle ouvrier, soit sous forme de Scop [2] – est à présent considérée comme une option possible. Nous n’aurions qu’à reprendre le nom qui était le nôtre, Radiola, avant que Philips ne nous rachète. Que l’État nous donne les subventions qu’il a octroyées au patronat, et nous, nous garantissons le maintien de l’emploi ! »

Guillaume Davranche (AL Paris-Sud), avec Pierre (AL Tours)

[1Opposée à l’union locale CGT de Dreux, le syndicat CGT Philips est cependant toujours affilié à la fédération de la Métallurgie. Son secrétaire, Manu Georget, est par ailleurs adhérent au NPA.

[2Société coopérative de production : entreprise où les travailleurs sont associés et détiennent le capital.

 
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