Licenciements : Campagne syndicale pour un droit de véto des comités d’entreprise

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Face aux licenciements économiques, Solidaires Industrie est à l’initiative d’une campagne pour le droit de veto des comités d’entreprise sur cette question. Une revendication qui dessine des perspectives.

Ces derniers mois ont remis en avant plusieurs revendications contre les licenciements économiques. Organisations politiques, associations ou collectifs, syndicats, chacun a avancé sa «  solution  ». Rappelons tout d’abord qu’il ne peut y avoir une réponse unique. Les revendications immédiates n’ont de sens que si elles sont adossées à une lutte pour une transformation totale de la société, sauf à se limiter à gérer la misère et la crise sociale plutôt qu’à la combattre. Cependant, pour parvenir à l’expropriation du patronat et imposer une redistribution des richesses égalitaire, il faut pouvoir dessiner les perspectives transitoires qui permettent d’y arriver.

Dans l’immédiat, on peut distinguer deux catégories de revendications, avec comme repère le «  caractère économique  », qui est la justification des entreprises pour légitimer les licenciements. Si celles-ci licencient, c’est qu’elles n’auraient pas le choix, et tout se jouerait sur ce point-là pour certains. Selon eux, ce qu’il faudrait interdire, ce sont les licenciements «  boursiers  »... Raté  ! La jurisprudence les a déjà en grande partie interdits, puisqu’une entreprise ne peut pas licencier pour augmenter ses profits – du moins doit-elle avancer d’autres motifs, même si c’est la raison cachée.

Options divergentes

On a donc, d’un côté, ceux qui veulent interdire les licenciements dans les entreprises qui font des bénéfices, de l’autre ceux qui veulent interdire les licenciements économiques tout court. Entre les deux, peu de lien, les premiers ne voyant pas leur revendication comme une étape mais comme une finalité. Se limiter aux sociétés qui font des bénéfices, c’est sous-estimer la complexité des montages comptables, financiers et juridiques, mais aussi le pouvoir décisionnaire de l’employeur sur l’utilisation de l’argent dans l’entreprise. C’est aussi une erreur tactique, puisque cela justifierait davantage d’autres licenciements  : aux salarié-e-s, donc, de payer pour les règles d’un jeu qu’ils n’ont pas accepté. Dernier débat, faut-il une loi  ? En appeler à l’État pour réguler les rapports sociaux  ?

Alternative

Il existe aujourd’hui une alternative, portée par un Collectif pour le droit de veto des comités d’entreprise (CE), à l’initiative de Solidaires Industrie. Exiger de nouveaux droits pour les salarié-e-s et leurs représentants dans une perspective autogestionnaire de reprise en main de son quotidien et des choix de son entreprise, c’est la voie qu’il faut soutenir, en rappelant le rôle prédominant des syndicats. Celles et ceux qui travaillent décident. Plus de trente ans après les lois Auroux  [1], combattre dans l’unité pour redonner du pouvoir et des outils aux salarié-e-s donne de la voix et ne les dépossède pas de leurs moyens d’action au quotidien. Un droit de veto des CE, comme première étape d’un droit de veto des salarié-e-s, représente un élément considérable dans la construction d’un rapport de forces, auquel il faudra donner de l’écho pour arriver à peser dans une optique de transformation de la société.

RobertK (AL Montreuil)

[1] Quatre lois promulguées en 1982 qui, sans être révolutionnaires, apportaient plusieurs évolutions favorables pour les travailleurs et travailleuses, notamment en termes de représentation et d’expression dans les entreprises.

 
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