Lire : Bouveresse, « Que peut-on faire de la religion ? »

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Vaste programme que nous propose cet ouvrage : comment penser la religion dans une société où la certitude scientifique elle même peut prendre des allures de foi ?

Jacques Bouveresse, professeur émérite au Collège de France, questionne les relations entre sentiment religieux et raison. Le constat est là : alors qu’avec le développement de la science, de l’éducation et de la technique on croyait se diriger vers un déclin de la religion, du moins en tant que prétention à porter la vérité, nous assistons plutôt à une recrudescence de celle-ci. Le développement de la science au XVIIe siècle s’est accompagné d’une « rationalisation » de la religion, permettant entre autres de préserver la communauté scientifique dans un idéal chrétien. Ce mouvement est probablement au fondement des formes de croyances actuelles en Occident, qui mêlent vérité religieuse et vérité scientifique. Or, si ce livre ne répond pas vraiment à la question qu’il nous pose, il pointe le danger de ce genre d’association, en ce qu’il constitue une « indifférence » vis-à-vis de la vérité.

L’auteur nous plonge au cœur d’une polémique qui a opposé Bertrand Russell, et son élève Ludwig Wittgenstein. Si pour le premier, il est clair : on ne peut croire que « des choses que l’on a des raisons sérieuses de considérer comme vraies », le second exclut toute possibilité de soumettre ce type de croyance à une quelconque démonstration ou réfutation par la preuve. Quoique Wittgenstein dans ses écrits les plus intimes, démontre une forme de ferveur, presque judéo-chrétienne, cet « idéal spirituel » ne peut et ne doit être pensé sur le mode rationnel, mais bien plutôt senti, aimé comme un système de règle de vie, comportant un « devoir absolu ».

Cet ouvrage, très philosophique, comporte l’intérêt de mener une réflexion sur les différentes formes de croyances, de ceux à qui elles profitent, du parallèle qu’il est possible d’établir entre « croyance naïve » et idéaux irrationnels, comme le nazisme. Il s’agirait donc de débarrasser la religion de ces dogmes, de rejeter toute forme de religion instituée et autre « irrationalisme », pour peut être découvrir un sentiment religieux honnête et inoffensif, voire « éclairant ». On reste tout de même un peu sur sa faim, car si on a cerné ce que Russell et Wittgenstein, ont chacun pensé de la religion, il ne me semble pas que nous soyons très éclairés sur ce qu’il s’agit d’en faire concrètement.

Marine (AL Montpellier)

 
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