Lire : Brossat, « Pour en finir avec la prison »

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Ce livre écrit par Alain Brossat il y a déjà 10 ans garde malheureusement toute son actualité. Le but de ce dernier est de dépasser le discours simplement humanitaire qui semble être, à tort, la face la plus progressiste de la problématique pénitentiaire et la seule alternative à son soi-disant opposé, le discours sécuritaire.

Apparemment opposé car le laïus humanitaire, qui n’a pour seul but que d’améliorer la situation des personnes incarcérées, est une des conditions de la perpétuation du courant sécuritaire.

Alain Brossat cherche donc à élever le débat en remettant au premier plan la question de la place et de l’utilité de la prison dans le système capitaliste. En cela, son ouvrage est de la même veine que le célèbre Surveiller et punir dont il s’inspire largement (peut-être trop). Mais à défaut d’une grande originalité, il parvient à rendre plus accessible ce débat, que Foucault a quasi-épuisé mais d’une manière pour le moins complexe.

Pour commencer il fait le pari que si nous sommes horrifiés par les normes pénales de l’ancien régime, le système pénitentiaire actuel passera pour un anachronisme barbare aux yeux des générations futures.

Mais il considère que si la prison est un anachronisme, elle n’est pas pour autant une anomalie ! Tout comme le bagne ou les supplices publics à leur époque, la prison contemporaine a sa place dans un système de rationalité punitive. Depuis deux siècles, la prison est le débouché presque exclusif de l’ordre pénal. Comme l’écrit Foucault, « les prisons sont anachroniques et sont pourtant profondément liées au système ». Et le rôle des détenus et du système pénitentiaire est le suivant : la production d’une frange de population inintégrable, de classes dangereuses, d’un « déchet de l’ordre productiviste », constitue un enjeu majeur pour les dispositifs de pouvoir dans les sociétés modernes car elle permet de reconduire sans fin des opérations de division à l’intérieur du peuple et justifie de manière permanente le maintien de l’ordre policier assurant la pérennité de la classe au pouvoir. Voilà où se trouve l’utilité du dispositif carcéral : conforter la domination de la classe dirigeante !

C’est en ce sens que la prison doit être considérée comme une institution éminemment politique et d’où le parti pris de Brossat en couverture : il veut s’en débarrasser ! Ce livre est donc salutaire dans une période où le nombre de détenus bat des records. On regrette seulement que l’auteur esquive un peu facilement la question de l’après-prison en arguant qu’y répondre c’est faire le jeu de l’État.

Julien R (AL Toulouse)

 
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