Lire : Canale, « Le Mal des mots »

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On connaît le pouvoir des mots (ou le pouvoir tout court que détiennent ceux qui administrent pour nous le cours de notre vie ! ) sur l’inconscient des êtres, leur sensibilité, leur émotion, que cela se traduise lors de la lecture d’un poème ou lors du discours d’un politicien. Mais ce que recherche l’un n’est pas ce que veut le second. C’est ainsi qu’Étienne Canale, dans son livre aussi éloquent qu’instructif, se livre à l’étude non exhaustive du « mal des mots », de leur dérive, de leur dépossession, de leur assèchement. Pour revenir sur le titre de ce livre, on peut s’interroger pour savoir si ce sont eux qui sont « mal » ou nous qui souffrons par eux ! Répondons, les deux. D’ailleurs l’auteur l’écrit ainsi : « Il y a bien des années que les militants syndicalistes et associatifs subissent avec colère le viol des mots. » J’ajouterai que la colère ne se limite pas à ces seuls groupes ou milieux sociaux et politiques, mais s’étend également à ceux de l’art, de la poésie. Bref, on a mal et les mots aussi !

Étienne Canale dresse donc une cinquantaine de portraits de ces mots dont on vide peu à peu le sens, dont on détourne la fonction, dont on masque la signification. Il peut s’agir de « communication », terme à la mode mais si faussement et hypocritement utilisé par la classe politique et dont on sait que, malgré tous les gadgets techniques actuels, portables, Internet..., il ne recouvre pas grand-chose de positif et de vrai. Mais cela peut être « responsabilité » avec, comme exemple pris par l’auteur, le naufrage du navire Prestige dont on attend de savoir qui est responsable ! Ou encore ce mot ignoble, « publicité », je m’en excuse auprès de lui (du mot) mais il devrait être banni du dictionnaire, et qu’à juste titre Étienne Canale désigne comme « une servitude intérieure » ; enfin cet autre signifiant « concept » et qui est devenu très malicieusement sous la plume de Canale « le concept de pâtisserie le plus familier, je parle de la tarte à la crème ». On aura donc compris que cet ouvrage est un cri du cœur et de l’esprit enveloppé d’humour grinçant et salutaire. Avec lui je dirais que prendre conscience du pouvoir des mots, c’est prendre conscience de sa vie et que la manipulation dont on est l’objet doit engendrer l’acte de résistance que réclame Étienne Canale, mais plus encore l’acte de révolte dans la mesure où l’être devient un guetteur de mots.

Pour terminer, je soulignerais que ce livre est auto-édité et « qu’il n’a pas de prix », dixit l’auteur, mais je suggère qu’un éditeur lui assure une juste et méritée diffusion, autant pour les mots que pour entrer en résistance, ce que, également, chacun(e) fera en le lisant.

Jean-Michel Bongiraud

  • Étienne Canale, Le Mal des mots, auto-édition. Vous pouvez recevoir cet ouvrage en écrivant à l’auteur : Étienne Canale, 39230 Mantry.
 
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