Lire : Emile Pouget, « Le Congrès syndicaliste d’Amiens »

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Le centenaire de la Charte d’Amiens a donné lieu à la réédition par la CNT-RP d’un long article publié en 1906 par Le Mouvement socialiste, une revue proche des idées syndicalistes révolutionnaires. L’auteur de l’article n’est autre qu’un des militants les plus en vue de la CGT de l’époque, l’anarchiste Émile Pouget, responsable de l’organe officiel de la confédération, La Voix du peuple, et considéré comme l’éminence grise du comité confédéral à l’époque.

Dans cet article, Émile Pouget donne au Mouvement socialiste une vision engagée du IXe congrès de la CGT, qui vient de se clore à Amiens le 13 octobre 1906. Le texte présente un intérêt certain, mais il serait peu de chose sans le remarquable avant-propos et les commentaires de Miguel Chueca.

En une soixantaine de pages, Miguel fait le point sur les principaux débats et interprétations liés à la Charte d’Amiens, au syndicalisme révolutionnaire et à la CGT d’avant 1914. Il ramène par exemple l’influence de l’intellectuel Georges Sorel sur les cégétistes à sa juste mesure - c’est-à-dire négligeable.

Il conteste l’idée selon laquelle la Charte d’Amiens aurait constitué une « version atténuée » du syndicalisme révolutionnaire. D’une part parce qu’on serait bien en peine de trouver un modèle chimiquement pur de ce qui fut avant tout un mouvement de synthèse ; d’autre part parce qu’en vérité, le texte d’Amiens résume une doctrine admise par les syndicalistes révolutionnaires depuis une dizaine d’années à l’époque - en 1896, la Fédération des Bourses du travail parlait déjà des « deux tâches du syndicalisme » : réforme et révolution.

Miguel revient sur l’emploi dans le texte du mot « secte » : désignait-il spécifiquement les anarchistes, ou bien tout groupe philosophique quel qu’il soit : francs-maçons, positivistes, etc.? S’appuyant sur les écrits de Monatte et Pouget, il remet en question également la dissociation supposée entre syndicalistes libertaires et « syndicalistes purs » qui se serait opérée à Amiens. Il nous en apprend enfin sur l’influence de la centrale française sur la constitution de la CNT espagnole en 1910.

Les bons ouvrages sur le syndicalisme d’avant 1914 se font rares, et les meilleurs sont épuisés. On citera le tome II de l’Histoire du mouvement ouvrier d’Édouard Dolléans, heureusement consultable in extenso sur Internet, ou les livres de Jacques Julliard à une époque où il était mieux inspiré, comme Clemenceau briseur de grèves.

Mais la plupart des historiens républicains, socialistes ou communistes ont fait preuve d’un désintérêt méprisant pour le syndicalisme de cette période, perçu comme l’« enfance » du mouvement syndical (comprenez « avec ses enfantillages »), et à peu près indigne d’être pris au sérieux. A contrario, les libertaires ont tendance à y voir une « période héroïque » quelque peu idéalisée. Ce livre constitue une des plus claires mises au point jamais publiées sur le sujet.

Guillaume Davranche (AL Paris-Sud)

  • Émile Pouget, Le Congrès syndicaliste d’Amiens, éditions CNT-RP, 2006, 15 euros. Préface de Miguel Chueca.
 
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