Lire : Fabio Geda , « Dans la mer il y a des crocodiles – L’histoire vraie d’Enaiatollah Akbari »

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Fabio Geda est éducateur à Turin. C’est dans un centre interculturel de cette même ville qu’il a entendu ­Enaiatollah Akbari raconter le récit de son périple de jeune migrant afghan. La rencontre a donné lieu à l’écriture de ce roman biographique écrit à la première personne.

Dans une écriture simple et directe, on découvre donc la vie d’un enfant de 10 ans ou peut-être 11, lui même ne le sait pas. Membre de l’ethnie persécuté des Hazaras. Sa mère l’abandonne un matin à la frontière pakistanaise, seul moyen de le ­protéger.

Le voyage va durer plusieurs années, de son village natal jusqu’à l’Italie. Il passera par l’Iran, la Turquie et la Grèce. Une description parmi tant d’autres de l’enfer du passage des frontières organisé par les passeurs, les migrants entassés comme des marchandises dans le double-fond d’une remorque pendant des heures ou serrés sur des canots pneumatiques précaires. Bien sûr on retrouve la peur de croiser le chemin de la police qui, partout et toujours, tabasse, humilie, renvoie à la frontière ou dans des camps de rétention dont la réputation fait frissonner les migrants.

Partout où il s’arrête, on remarque comment il est souvent aisé de trouver des patrons heureux d’employer une main-d’œuvre « illégale », la solidarité en est d’autant plus forte et permet souvent de surmonter les épreuves. On verra l’enfant un temps serveur, un autre marchand à la sauvette ou encore tailleur de pierre. On le suivra sur le chantier des Jeux olympiques d’Athènes, accompagné de centaines d’autres travailleurs sans papiers, où pour une fois la police veillera à ne surtout pas ralentir les travaux. Dans un quotidien de débrouille, de peur ou de brutalité, l’entraide est donc un exemple de plus de ce que vivent les milliers de personnes qui n’ont pour souhait que d’arrêter de fuir un jour, juste pour vivre dignement. Un récit instructif, poignant et qui, sans verser dans le pathos, renforce l’envie de se battre pour un monde débarrassé du racisme, de l’exploitation et des frontières.

Le livre a été vendu à près de 200 000 exemplaires en Italie. Fabo Geda y voit un succès encourageant pour la cause des migrants : « Les migrants seront au cœur du XXIe siècle. Dans ce livre, j’ai montré leur courage, leur force et leur obstination, mais aussi le courage de tous ceux qui refusent de les regarder comme un danger, en essayant plutôt de les aider. Sans eux, le jeune Enaiatollah n’aurait jamais pu conclure son éprouvant et dangereux périple. »

Benjamin (AL Nantes)

Fabio Geda Dans la mer il y a des crocodiles – L’histoire vraie d’Enaiatollah Akbari, éditions Liana Levi, 176 pages, 8,50 euros.

 
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