Sociologie

Lire : Garnier, « Une violence éminemment contemporaine »

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Une violence éminemment contemporaine : essais sur la ville, la petite bourgeoisie et l’effacement des classes populaires est un recueil de textes, certains publiés dans Le Monde Libertaire, écrits par Jean-Pierre Garnier entre 1979 et 2000 et édité chez Agone dans la collection Contrefeux.

Ce livre, divisé en trois parties, cherche à démontrer « l’incompatibilité foncière entre la réalisation plénière du droit à la ville et le maintien des rapports de production capitaliste ». Ce qui fait la saveur de cet ouvrage c’est la capacité de l’auteur d’allier la précision du sociologue à l’ardeur du pamphlétaire.

Tout d’abord, à travers l’exemple de Paris, il nous éclaire sur le processus de gentrification qui touche toutes les grandes villes. Sous couvert d’hypocrisie sémantique, les incessantes opérations de « réhabilitation », de « rénovation », de « revitalisation » ou encore de « renouvellement urbain » n’ont d’autre but que de chasser les classes populaires des centres-villes pour les entasser de plus en plus loin, à la périphérie des agglomérations. Avec ce que cela entraîne comme conséquences néfastes en termes de mobilité, d’accès aux services publics ou au travail. Et bien sûr, dans un mouvement inverse, la petite bourgeoisie intellectuelle s’accapare les quartiers ainsi délaissés afin d’être au plus proche des cœurs économiques, comme le veut sa qualité de « classe d’encadrement du capitalisme » à laquelle appartiennent les fameux « bobos ».

Ensuite Jean-Pierre Garnier s’attaque à ses « condisciples de gauche », accusés d’être passés maîtres dans l’art de retourner leur veste. Ceux-ci, tenus en laisse par le pouvoir, se plaisent à justifier la politique de la ville en place au prétexte d’une chimérique mixité résidentielle et sociale. C’est d’ailleurs cette politique de la ville qui est la cible de l’auteur dans la troisième et dernière partie du recueil. En territorialisant son action, cette politique ne fait, justement, que vider le problème de ses racines politiques. La question urbaine n’est pas urbaine mais sociale. La crise du logement ou les violences dites urbaines, entre autres, ne sont que le produit de l’« inscription urbaine » du capitalisme.

Comme l’a écrit Engels, cité par l’auteur, la crise urbaine est « une institution nécessaire ; elle ne peut être éliminée que si l’ordre social tout entier dont elle découle est transformé de fond en comble ». Qu’attendons-nous ?

JR (AL Montpellier)

• Jean-Pierre Garnier, Une violence éminemment contemporaine : Essais sur la ville, la petite bourgeoisie intellectuelle et l’effacement des classes populaires, Agone, Contre-feux, 2010, 254 pages, 18 euros

 
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