Dossier urbain : Livre : Jean-Pierre Garnier, « Un espace indéfendable »

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Il n’y a pas d’«  urbanisme criminogène  », il n’y a qu’une politique de relégation et de contrôle social des pauvres. Une synthèse cinglante.

Ce petit livre, presque une brochure, initialement publié en 2007, nous rappelle que l’urbanisme et la gestion de la ville sont toujours réfléchis pour maintenir l’ordre social dominant.

En une cinquantaine de pages, le sociologue indépendant Jean-Pierre Garnier explique que l’espace urbain, tel qu’il est réalisé aujourd’hui par les urbanistes, les architectes et les pouvoir publics, n’est plus qu’un espace dédié à l’économie capitaliste et aux populations riches. Et de ce fait, que cet espace est également pensé pour contrôler les populations pauvres, dites « dangereuses », en les repoussant toujours plus loin dans les périphéries et en créant un urbanisme sécuritaire dans les quartiers popu­laires proches des centres-villes.

Depuis des décennies, les décideurs associent des quartiers dit difficiles et leur « urbanisme criminogène »  [1] aux populations qui y résident en les stigmatisant. Les questions de classes et d’inégalités sociales sont complètement écartées au profit de la fausse explication d’un urbanisme dysfonctionnant. Mais l’auteur le rappelle : le fait que des problèmes de pauvreté « surgissent en ville n’implique pas qu’ils proviennent de la ville. »  [2]

Deux mécanismes sont à l’œuvre. Pour commencer les politiques de rénovation entraînent à la fois de la relégation et de la gentrification. Comme le formule très bien David Harvey   [3], « l’absorption de surplus par la transformation urbaine possède un aspect plus sombre encore : il s’agit de phases brutales de restructuration urbaine par “destruction créative”, laquelle présente toujours une dimension de classe puisque ce sont habituellement les pauvres, les défavorisés-e-s et tout ceux qui sont tenus en marge du pouvoir politique qui pâtissent le plus de ce type de processus ».

Le second mécanisme, bien connu, est la multiplication des lois et des dispositifs sécuritaires. De la loi Lops en 1995 à la loi Loppsi II en 2011, l’éventail juridique est toujours plus large en matière de flicage des espaces urbains et périurbains en général.

Jean-Pierre Garnier cite, de manière non exhaustive, les milices de « sécurisation » stipendiées par les bailleurs privés, la résidentialisation, la vidéosurveillance, la surveillance de voisinage, etc. Tous ces dispositifs relèvent de ce qu’on appelle la « prévention situationnelle », qui crée des « espaces défendables », c’est-à-dire des espaces sécurisés, séparés des populations plus pauvres.

Les modifications de la morphologie urbaine, des architectures, sont aussi pensées pour empêcher l’auto-organisation des populations, que ce soit pour se réapproprier les espaces mais aussi tout simplement pour y vivre. Pour s’opposer à cela ? Défendre le « droit à la ville », créer des espaces de résistance, des collectifs et autogérés pour toutes et tous, qui permettent aux habitants de réinvestir leurs lieux de vies et de s’organiser de manière horizontale et solidaire.

Vincent (AL Paris nord-est)

  • Jean-Pierre Garnier, Un espace indéfendable. L’aménagement à l’heure sécuritaire, Le monde à l’envers, 2012, 3 euros.

Lire les autres articles du dossier

[1Selon ce concept, certains quartiers, par leur architecture et leur aménagement, engendreraient des activités délinquantes.

[2Jean-Pierre Garnier traite cette question dans Une violence éminemment contemporaine, Agone, 2010.

[3David Harvey, Le Capitalisme contre le droit à la ville, Amsterdam, 2011.

 
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