Lire : Laurette, « Clés pour l’affaire Colonna. Le Roman de Ghjuvanni Stéphagèse »




À l’occasion du procès en cassation d’Yvan Colonna, il faut se plonger dans le roman de Roland Laurette. Ce livre est plus qu’un récit car selon son auteur : « Seule la littérature rend compte de l’humanité. »

Comme dans un polar il déroule « une tragédie qui mène le héros à sa propre perte inéluctable, voulues par des forces qui le dépassent » [1]. En réalité, sous couvert de fiction, l’auteur reconstitue l’affaire avec la précision d’une instruction judiciaire. Minutieusement, depuis le moment de l’attentat contre le préfet Erignac, il remonte le temps, confronte les témoins, notamment à décharge que la police ou la justice ont négligé. Exemple : les propos d’un gérant du bar issu de la droite anti-indépendantiste confirmant l’alibi de Colonna le soir de l’attaque d’une gendarmerie (cinq mois avant l’attentat) pour se procurer (notamment) l’arme qui servira à l’assassinat.

Le livre égrène les incohérences de l’affaire depuis l’enquête jusqu’au premier procès : témoins oculaires de l’assassinat jamais confronté(e)s avec les membres du commando, revirement du médecin légiste, absence à la barre de l’expert en balistique ainsi que du directeur des RG, disparition de pièces, jusqu’à l’entrave par le juge qui renverra le procès en cassation.

Mais les chances d’un rebondissement favorable sont minces car « c’est la justice et la police antiterroristes qui l’ont condamné » [2]. Cour d’assises et cour d’appel seront spécialement constituées. Rappelons que Nicolas Sarkozy ministre de l’Intérieur en 2003, avait déclaré qu’on venait d’arrêter l’assassin du préfet. L’avocat Sarkozy avait oublié la présomption d’innocence, et l’accusé, sommé de décliner son identité au procès dira : « Yvan Colonna, assassin du préfet Erignac puisque c’est comme ça que Nicolas Sarkozy m’a présenté ».

Colonna se réfugiera dans le silence pour ne pas participer à une mascarade au résultat joué d’avance. Finalement condamné, non sur preuves mais en vertu d’un « faisceau d’accusations concordantes » dont celles de certains membres du commando et de certaines de leurs compagnes.

« Colonna sert de bouc-émissaire mais surtout de verrou » [3] ; une fois désigné comme l’assassin, plus besoin de poursuivre l’enquête. D’ailleurs pour l’accusation, sa cavale le condamnait.

Alors qui ? Le livre ne le dit pas mais des hypothèses circulent à propos de filières auxquelles le préfet s’intéressait et dont on aurait pu trouver des traces dans son journal personnel, disparu lors de la perquisition de son domicile.

Pour l’auteur c’est clair, on est en présence d’un procès politique et Yvan Colonna n’est pas l’assassin du préfet Erignac.

S.T. (AL Paris Sud)

[1Propos tenus par l’auteur lors d’une conférence de presse.

[2Propos tenus par l’auteur lors d’une conférence de presse.

[3Propos tenus par l’auteur lors d’une conférence de presse.

 
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