Lire : Moretti, Rossanda et Mosca, « Brigatte rosse, une histoire italienne »

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Brigatte rosse une histoire italienne est un livre d’entretiens (1994), entre Mario Moretti, l’un des fondateurs et dirigeants des Brigades rouges (BR), et les journalistes Rossana Rossanda (ex-dirigeante du secteur culturel du Parti communiste italien (PCI), fondatrice du journal Il Manifesto) et Carla Mosca (chroniqueuse judiciaire de RAI 1).

Lorsqu’elles le rencontrent à l’occasion de son procès pour l’assassinat d’Aldo Moro, elles sont frappées par la sincérité et la simplicité du personnage, et décident de conduire une série d’entretiens avec lui, en prison.

De conviction différente quant à la lutte armée, ces deux femmes tendent à Moretti un miroir sans concession mais qui permet précisément de faire comprendre toute la complexité de l’Italie des années 70, son « mai rampant », le jusqu’au-boutisme para-fasciste de l’État et l’engagement de toute une génération dans la violence.

De son engagement dans le mouvement ouvrier milanais, d’abord comme syndicaliste chez Siemens et Pirelli, au sein d’un Comité unitaire de base (CUB), la vie en communauté dans une villa jusqu’à sa rencontre avec les autres fondateurs du groupe armé révolutionnaire qui va devenir les Brigades rouges, Mario Moretti nous fait entrer avec sensibilité et subtilité, dans l’atmosphère de ces années-là. Surtout, il nous fait toucher du doigt l’étroite imbrication des BR avec l’opinion ouvrière et populaire, qui jusqu’aux années 80, leur restent largement favorables. Ce ne sont pas les actions violentes qui causent le divorce entre les Brigades rouges et le mouvement ouvrier mais bien l’obstination des BR à poursuivre la lutte armée, lorsqu’elle celle-ci doit évoluer vers autre chose....

Moretti récuse – comme d’autres – le terme « d’années de plomb », qui est celui du pouvoir, pour lui préférer celui « d’années noires », et rappeler qu’elles étaient sombres pour tous, à commencer par le monde ouvrier et les opposants au régime de fer de l’Italie des années 60 et 70. Et comme toute une génération de militants, si c’est très logiquement que Moretti prend les armes, il explique avec lucidité comment son avant-gardisme devient figé. Ses analyses de l’époque, mais aussi de la nôtre sont souvent tranchantes, et bien qu’il soit celui qui a tué Aldo Moro, c’est paradoxalement un sentiment de profonde humanité qui demeure à le lire. Les années noires restent les plus créatives de l’histoire politique récente de l’Italie, dont il est encore possible de s’inspirer. Pour le lecteur, bien des phrases et des idées chocs resteront gravées une fois le livre refermé. Il faut, pour conclure, préciser que les auteur-e-s ont été plus qu’inquiétées par le pouvoir de l’époque, et que Brigatte rosse, une histoire italienne a été édité dans la douleur, la crainte et une sourde violence, comme cette Italie actuelle qui, 40 ans après, ne veut toujours pas pardonner...

Bastien L. (AL Marseille )

 
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