Lire : Oller, « Barcelone l’espoir clandestin »




Barcelone, début des années 1970. Julio est métallo à l’usine Seat. Militant ouvrier, membre des Commissions ouvrières (CCOO), il saisit immédiatement, lorsqu’on vient le chercher chez lui à une heure et demi du matin, qu’il s’agit de la police.

S’ensuivent 72 heures de garde a vue. D’interrogatoires. Mais aussi de solitude, de temps pour repenser a son parcours militant. À sa vie, depuis 1966, cinq ans auparavant, lorsque il est mis est mis en relation avec des trotskistes partisans de Posadas, une obscure scission de la IVe Internationale.

Lui vient du séminaire. Un temps prêtre ouvrier, vite défroqué, il s’engage dans la vie militante de plein pied. Il participe rapidement à la construction des CCOO, qui constituent la réponse du mouvement ouvrier à la volonté de la dictature de museler la contestation, à travers le syndicat unique.

Sa participation aux CCOO le fait rapidement s’éloigner des positions dogmatiques de l’organisation trotskiste a laquelle il avait adhéré. Au sein de l’organisation syndicale, le PC tient le haut du pavé, soutenant une ligne très légaliste, pour ne pas faire peur aux classes moyennes, en vue de la future « transition démocratique ». Il est attaqué sur sa gauche par une kyrielle d’organisations. Issues de différentes variations du léninisme (trotskistes, maoïstes…), celles-ci ont pour point commun d’être surtout composées d’étudiantes et d’étudiants et d’être toutes LE parti de la classe ouvrière…

À coté de toute cette agitation, les CCOO s’organisent. Dans l’Espagne de la fin des années 1960, les luttes ouvrières se multiplient. Devant les tentatives permanentes de récupération par les appareils, de nombreuses voix s’élèvent : Organisons nous nous même. N’écoutons plus ceux qui s’autoconstituent « direction historique ». Ces critiques se fédèrent, finissent par se donner une assise théorique : l’autonomie ouvrière. De sa cellule, Julio se souvient : la lutte des femmes, l’évolution des mœurs… Barcelone n’échappe à aucun des bouleversements qui ont marqué la période.

Sur la forme, rythmée par le tic-tac des heures qui s’égrènent jusqu’à la fin de la détention légale en garde-à-vue , comme sur le fond, en grande partie autobiographique, le livre se lit comme un roman. Un bon roman.

Nico (AL Montpellier)

• Julio Sanz Oller, Barcelone l’espoir clandestin, Le Chien Rouge, 365 pages, 20 euros.

 
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