Prison

Lire : Rouillan : « Paul des Epinettes et moi »

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Paul des Epinettes et moi : Sur la maladie et la mort en prison est le dixième livre écrit par Jann-Marc Rouillan depuis le début de sa détention, en 1987. Le titre est sans ambiguïté sur le contenu de l’ouvrage. À travers deux textes distincts, il rapporte de manière incisive les conséquences d’une longue incarcération sur la santé d’un homme. Le premier s’attache à sa situation personnelle alors que le second relate l’histoire, en partie fictive, d’un détenu rencontré à la maison centrale d’Arles, Paul des Epinettes. Son expérience propre est particulièrement intéressante car il couple le récit traçant l’épreuve de sa maladie avec celui de sa semi-liberté abrégée. Maladie, car Jann-Marc est atteint de la très rare maladie de Chester-Erdheim. Réincarcération puisque, comme chacun sait, l’ancien membre d’Action directe a été puni pour avoir osé évoquer ses années d’activisme armé dans la presse, bien que « la nostalgie ne soit pas une donnée punissable », comme il l’écrit si bien. Mais ainsi va la machine judiciaire. Libérable depuis 2005, Jann-Marc se refuse à renier son passé d’activiste comme le souhaiterait le Parquet afin d’accélérer sa sortie de prison.

D’ailleurs, il dépeint des moments de plaisir vécus lors de ces quelques mois en liberté partielle mais cela n’est pas prégnant. Alors qu’il vient de passer plus de vingt ans derrière les barreaux dont sept ans et six mois en isolement. Comme si le monstre carcéral avait broyé en lui toute possibilité d’apprécier pleinement les choses. Anesthésié du bonheur par le « quotidien narcotique » imposé par le système pénitentiaire : « La liberté fait peur car le prisonnier sait qu’il découvrira à ce moment-là l’ampleur de l’amputation intime qu’il a subie au cours de ces dernières années. »

Son état physique n’est pas là pour arranger les choses. Des premiers symptômes soignés à coup de Doliprane, au diagnostic qui prend des mois, jusqu’à l’impossibilité de se soigner en prison, il décrit avec la précision de la victime le système ubuesque qui régit le parcours médical de tout détenu. Jann-Marc se retrouve coincé entre l’enclume carcérale et le marteau de la pathologie. La loi dite Kouchner de 2002 permet la libération d’un prisonnier pour qu’il puisse suivre un traitement médical. Pourtant celle-ci lui est refusée.

Le rôle de la prison dans la société capitaliste nourrit également sa réflexion. « L’ordre pénitentiaire ne serait pas ce qu’il est s’il ne remplissait aussi sa fonction à destination de ceux de l’Extérieur : le sacrifice carcéral rend supportable la servitude salariale. La voilà la place centrale de la prison dans la gestion post-moderne de l’ordre social ! » À nous, de l’extérieur, de tout faire pour changer cela.

Julien (AL Montpellier)

• Jann-Marc Rouillan, Paul des Épinettes et moi : Sur la maladie et la mort en prison, Agone, 2010, 224 pages, 10 euros

 
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